AGAPES FRANCOPHONES 2017
« Quelque chose va sortir du silence, de la ponctuation, du blanc » : étude du silence chez deux poètes contemporains SZILÁGYI Ildikó Université de Debrecen, Hongrie Résumé . De nombreux poètes français contemporains pratiquent une écriture du silence, une écriture de la discontinuité où les blancs ont une fonction structurelle et structurante. Dans cet article, nous nous proposons d’étudier les manifestations formelles du silence chez André du Bouchet (1924-2001) et Jacques Roubaud (né en 1932). Nous entendons le terme « formel » dans un sens restreint : nous nous concentrons sur la matérialité, la mise en page des poèmes, en ne traitant de questions syntaxiques et rhétoriques qu’en passant. Nous présentons, à travers quelques exemples, le traitement original que ces poètes font du blanc typographique qu’ils mettent en rapport avec le silence et dont ils font un élément indispensable de la page. Nous nous interrogeons également sur le rôle joué par les blancs dans la perception générique (rapport prose/poésie) des œuvres examinées. Abstract . Several French contemporary poets practise a writing of silence, a writing of discontinuity, where typographical blanks have a structural function. In this paper, we propose to study the formal manifestations of the silence in André du Bouchet (1924-2001) and Jacques Roubaud (1932-). The term “formal” is used in a restrictive sense: we concentrate on the materiality and the page setting of their poems, syntactic and rhetorical problems are treated only briefly. Du Bouchet and Roubaud have constant and original recourse to blanks, considered as the visual equivalent of silence. We also examine the role of blanks and page setting in the generic perception (relation between prose and poetry). Mots-clés : poésie française contemporaine, mise en page, blanc, silence, nouveaux genres poétiques Keywords : contemporary French poetry, page setting, blank, silence, new poetic genres Le silence est un élément constant de l'écriture poétique, mais ses modes d'inscription ou d'actualisation varient suivant les époques et les auteurs. Il peut se matérialiser à travers divers moyens typographiques, syntaxiques ou rhétoriques. Considéré comme l’équivalent visuel du silence, le blanc typographique acquiert une valeur symbolique dès la fin du XIX e siècle pour jouer un rôle privilégié dans la poésie contemporaine. Les poètes comme André du Bouchet (1924-2001) ou Jacques Roubaud (né en 1932) font du blanc typographique un constitutif fondamental de la page. Nous nous proposons d’étudier dans leurs poèmes les effets de sens produits par le silence des blancs. Le recours aux ressources multiples de la typographie est une caractéristique générale de la modernité poétique. Le niveau typographique d’un poème « mobilise et combine la ponctuation, la forme des caractères et l’usage du blanc » (Purnelle 2006, 146). Les choix typographiques des poètes (l’abondance, la raréfaction ou la suppression des signes de ponctuation, la variation des caractères d’imprimerie, la répartition des blancs sur la page) permettent de caractériser les pratiques individuelles des poètes, voire celles des périodes poétiques.
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