AGAPES FRANCOPHONES 2017
Monstre, victime ou fantôme : le personnage silencieux dans le théâtre de Marie NDiaye Andreea-Mădălina VOICU Lycée Constantin Brâncoveanu , Horezu/ Membre associée du CELIS, Université Clermont Auvergne, France Résumé. Invisibles ou à peine aperçus, certains personnages théâtraux de Marie Ndiaye sont d’autant plus indispensables, qu’autour d’eux se construit l’histoire. L’héroïne éponyme de Hilda (1999) est constamment absente de la scène, achevant ainsi la réification imposée par les « marchandages » des autres personnages. Le seul homme de la pièce Les serpents (2004) reste enfermé dans sa maison. Vorace, il perd, lui-aussi, son humanité. Enfin, dans Rien d’humain (2004), la fille de Djamila hante la scène de sa présence symbolique. Comment le silence et l’absence contribuent-ils à dresser le portrait de ces héros, tout en les déshumanisant progressivement ? Notre recherche a deux fils conducteurs : la description des trois figures silencieuses et le rôle de la déshumanisation et de l’étrangeté dans le théâtre de Marie NDiaye. Abstract. Invisible or barely noticed, some theatrical characters of Marie NDiaye are indispensable, because the history is built around them. The eponymous heroine of Hilda (1999) is constantly absent from the scene, thus completing the reification imposed by the "haggling" of other characters. The only man in the play Les serpents (2004) remains locked inside his house. Voracious, he also loses his humanity. Finally, in Rien d’humain (2004), the daughter of Djamila haunts the scene with her symbolic presence. How does silence and absence contribute to the portrait of these heroes, while gradually dehumanizing them? Our research has two conductive threads: the description of the three silent figures and the role of dehumanization and strangeness in Marie NDiaye’s theatre. Mots-clés : Marie NDiaye, théâtre, silence, absence, étrangeté Keywords: Marie NDiaye, theatre, silence, absence, strangeness Romancière avant tout, Marie NDiaye s’exerce parfois à d’autres genres littéraires : théâtre, romans de jeunesse ou nouvelles. Parlant de théâtre, elle avoue que « chacune de [s]es pièces est née d’une commande, passée par France Culture ou par des metteurs en scène » (Darge 2011, §3). Le texte des pièces de NDiaye est caractérisé « par une écriture qui retourne à la littérature » (Viart, Vercier, Evrard 2008, 496). En « con[cevant] une pièce comme un roman » (PiolatSoleymat 2008, §8), l’écrivaine ne s’est jamais intéressée à la mise en scène de son théâtre. Les indications de toutes sortes (didascalies, liste de personnages) sont presque absentes. La démarche peut être similaire en ce qui concerne la création, mais les deux genres littéraires ne le sont pas. L’écriture romanesque de NDiaye donne un caractère singulier à ses écrits théâtraux : la focalisation interne. Le lecteur de ses romans « voit » l’Autre à travers le regard déformant d’un héros. Et parfois cet Autre est l’élément-clé de la narration. Par exemple, la seconde « femme puissante » du Prix Goncourt 2009 ( Trois femmes puissantes ), Fanta, est perçue à travers les souvenirs de son mari, qui reste éloigné d’elle tout au long de la diégèse. De manière semblable, l’histoire de La Cheffe est racontée par son assistant, en l’absence de celle-ci ( La Cheffe, roman d’une cuisinière , 2016). Le
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