AGAPES FRANCOPHONES 2017
Andreea-Mădălina VOICU Lycée Constantin Brâncoveanu , Horezu/ Membre associée CELIS _____________________________________________________________ 324 théâtre ndiayïen contient rarement des monologues. Il est basé sur le dialogue des personnages, des changements s’imposent donc. Dominique Rabaté (2008) remarque : Là où le roman doit choisir son mode de narration (première ou troisième personne, détermination des points de vue à adopter), le théâtre pose sur un plateau les personnages à égalité, sans autre recours que leur parole pour se déterminer – même si ceux qui ne parlent ni ne paraissent en scène jouent dans les pièces de Marie NDiaye un rôle fondamental. (42) Dans les trois pièces de notre corpus, celui qui reste muet et invisible est tout aussi important que les personnages romanesques vus de loin. Hilda (1999) 1 , la première pièce de NDiaye, est un dialogue inégal et mercantile entre Mme Lemarchand et Franck Meyer : inégal, car les réponses de l’homme sont limitées, voire monosyllabiques ; mercantile, puisque la pièce peut se résumer par l’utilisation d’un lexique économique. Il s’agit d’employer, de louer, de racheter ou de changer Hilda, la femme de Franck. Mme Lemarchand « veu[t] absolument » (H 10) Hilda comme bonne. Franck convient de lui envoyer son épouse pour un très bon salaire, sans demander l’opinion de celle-ci. Peu de temps après, « Hilda rentre de plus en plus tard » (H 39), ses « enfants pleurent » (H 40). Un jour, l’homme se blesse gravement à la main droite. Souffrant, et sans travail, il accepte une avance sur le salaire de sa femme, mais il ne pourra pas « racheter Hilda » (H 61) « avant qu’elle n’ait effectué le travail correspondant à la somme » (H 61) avancée. À la fin de la pièce, Franck et ses enfants se consolent avec Corinne, la sœur d’Hilda. En revanche, l’héroïne est devenue « une poupée de chiffon et sa tête tient à peine sur ses épaules » (H 88). Jamais Hilda n’est vue directement. Les trois femmes de la pièce Les Serpents (2004) 2 ont en commun un homme qui est à l’intérieur d’une maison. C’est le seul personnage invisible dont on entend les cris à quelques reprises. Il s’agit du fils de Mme Diss, l’ex-mari de Nancy et l’actuel époux de France. Enfermé dans sa maison, il prépare ses deux derniers enfants pour le feu d’artifice. Or, cet homme a eu un autre fils avec Nancy, « le petit Jacky » (LS 33), qu’il a gravement maltraité. L’enfant est mort, abandonné par son père dans une cage aux serpents. À présent, la voracité de l’homme menace tous ceux qui sont ou entrent dans la maison. Dans Rien d’humain (2004) 3 , trois personnages se partagent la scène et le texte : Bella et Djamila, anciennes amies, et Ignace, le voisin amoureux de Djamila. Bella, progéniture d’une famille riche et cultivée, rentre des États-Unis, après un mariage raté. Elle veut reprendre l’appartement qu’elle avait cédé en partant à Djamila. Celle-ci, longuement abusée par le père et les frères de Bella, ne veut pas abandonner ce qu’elle pense qu’on lui doit. Le logement est sans doute essentiel pour l’intrigue, mais son gardien l’est également. C’est la fille de Djamila qui « garde l’appartement sans le savoir, de sa seule présence subtile, impalpable ». (RH 22) Annoncée par sa mère, l’enfant ne se matérialise sur scène qu’à travers des sensations et de silences. Est-elle réelle ou bien n’a-t-elle « rien d’humain » ? 1 Dorénavant désigné à l’aide du sigle (H), suivi du numéro de la page. 2 Dorénavant désigné à l’aide du sigle (LS), suivi du numéro de la page 3 Dorénavant désigné à l’aide du sigle (RH), suivi du numéro de la page.
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