AGAPES FRANCOPHONES 2017

Monstre, victime ou fantôme : le personnage silencieux dans le théâtre de Marie Ndiaye _____________________________________________________________ 331 lieux, et lui demande de revenir « quand la terre [sera]bien verte » (LS 91) pour qu’ensemble elles recommencent à nouveau, « pour le mieux » (LS 92). Rien ne semble surprendre ces deux femmes alors que les circonstances qu’elles décrivent sont loin d’être normales. Tout semble corrélé : l’absence avec l’étrangeté, l’étrangeté avec la perte d’humanité. Quand-même, ces pièces doivent être lues comme des fables qui subliment la violence de la réalité et essaient de la rendre non pas justifiable, mais mémorable. L’écrivaine ne dépeint pas telles quelles les injustices et les transgressions. Elle ne fait pas d’enquêtes journalistiques, même si certains graves problèmes sociaux sont à la base de ses ouvrages : la maltraitance, l’exploitation humaine ou bien l’immigration. Dans un entretien paru en 2009, Marie NDiaye précise ce « que la littérature apporte par rapport aux reportages de presse » (Kaprièlian 2009, §11) : Si la matière littéraire est assez intéressante ou prenante, ces trajectoires restent mieux en mémoire que qu’on peut lire dans les articles ou voir en images. Les articles peuvent dépersonnifier, on lit vite – un article, ça passe, ça reste comme anonyme. Pas la littérature. (Kaprièlian 2009, §12) Ces propos s’appliquent rétrospectivement aux trois pièces étudiées, sauf que, dans le cas de celles-ci, la dépersonnalisation reste bien présente. Il y a des histoires précises, des visages, des voix, mais il y a également du silence, du mystère, des violences cachées. La réalité est à portée de main, mais elle se dérobe au fur et à mesure que la pièce se joue, tout comme le personnage absent et silencieux. Bibliographie Textes de référence NDiaye, Marie, Hilda , Paris, Les Éditions de Minuit, 1999. NDiaye, Marie, Les serpents , Paris, Les Éditions de Minuit, 2004. NDiaye, Marie, Rien d’humain , Besançon, Les Solitaires Intempestifs, 2004. Ouvrages critiques Chanda, Tirthankar, « Marie NDiaye: "Je cherche la musique des phrases" ». RFI Afrique , 14 février 2013. [En ligne]. URL : http://www.rfi.fr/afrique/20130212-Ladivine-marie- diaye-cherche-musique-phrases-faulkner-proust/(Consulté le 6 janvier 2017). Darge, Fabienne, « Le théâtre permet de dire directement les choses », Le Monde Culture , 28 avril 2011. [En ligne]. URL : http://www.lwmonde.fr/culture/article/2011/04/28/ marie-ndiaye-le-theatre-permet-de-dire-directement-les-choses_1514054_3246.html (Consulté le 6 janvier 2017). Piolat Soleymat, Manuel, «La profonde étrangeté du réel », La Terrasse , n° 156, mars 2008. [En ligne]. URL : http://www.journal-laterrasse.fr/wp-2008content/uploads/ journal/la_terrasse_156.pdf (Consulté le 6 janvier 2017). Rabaté, Dominique, Marie NDiaye , Paris, Culturesfrance/Textuel, 2008. Scheel, Charles, Réalisme magique et réalisme merveilleux : des théories aux poétiques , Paris, L’Harmattan, 2005. Sherigham, Michael, « Ambivalences de l’animalité chez Marie NDiaye », in : Daniel Bengsch et Cornelia Ruhe (éds.), Une femme puissante. L’œuvre de Marie NDiaye , Amsterdam – New York, Rodopi, 2013, p. 51-70. Todorov, Tzvetan, Introduction à la littérature fantastique , Paris, Seuil, coll. « Poétique », 1970. Viart, Dominique, Vercier, Bruno, Evrard, Franck (collab.), La littérature française au présent . Héritage, modernité, mutations , Paris, Bordas, 2008 [2005], 2 e éd. augm.

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