AGAPES FRANCOPHONES 2017
Nos silences de Wahiba Khiari : Quand « écrire, c’est hurler sans bruit » 1 Sonia ZLITNI FITOURI Université de Tunis/FSHST, Tunisie Résumé. Il s’agit de montrer, dans cette étude, comment le récit minimaliste, ponctué de blancs ou de phrases inachevées parvient à mimer le silence et les non-dits en en révélant plus qu’il ne faut dans Nos silences de Wahiba Khiari. Un texte qui essaie de rendre compte de l’horreur vécue par les Algériennes pendant les années noires. Cette écriture de la brièveté est introduite d’emblée par une citation mise en exergue de Marguerite Duras : « Ecrire, c’est aussi ne pas parler. C’est se taire. C’est hurler sans bruit. » Elle relègue la fonction référentielle du texte littéraire à l’arrière-plan favorisant le déploiement d’une pensée secrète, d’une parole obstruée par l’effroi et la culpabilité. Abstract. This paper aims to show how the minimalist writing, punctuated by blanks and unfinished sentences, succeeds in translating the silence and the untold, while revealing even more than words can tell, in Wahiba Khiari’s Nos Silences. A text that tries to account for the horrors experienced by the Algerian women during the dark years. This writing of the briefness (concision) is introduced straightaway by a highlighted quotation of Marguerite Duras: “Writing, it is also not to speak. It is remaining silent. It is screaming noiselessly.” It assigns the referential function of the text to the background, fostering the deployment of a secret thought, of a talk obstructed by fright and guilt. Mots-clés : littérature algérienne, silence, poétique, brièveté, récit minimaliste Keywords: algerian literature, silence, poeticity, brevity, minimalist writing « Si ton chant n’est pas plus beau que mon silence, alors tais-toi ! » Proverbe arabe Introduction « De Heidegger qui pensait que le silence était le seul mode authentique de la parole... à Kierkegaard qui écrivait que le plus sûr des mutismes n’est pas de se taire mais de parler. Il en va autrement dès qu’il s’agit de la littérature... [...] Comment faire entendre, dans toutes les acceptations du mot, qu’un homme est plus un homme par les choses qu’il tait que par les choses qu’il dit ? » : C’est ainsi que s’interrogeait Alain Chestier dans son essai La Littérature du silence (Chestier 2003, 123), à propos de l’œuvre de Camus. L’objectif de cette étude sera également de nous interroger sur les manifestations et les enjeux du silence dans Nos silences de Wahiba Khiari 2 , de montrer comment le récit minimaliste, ponctué de blancs ou de phrases inachevées parvient à mimer le silence et les non-dits en révélant plus qu’il n’en faut dans ce roman qui tente de rendre compte de l’horreur vécue par les Algériennes pendant les années noires. Nous verrons que, paradoxalement, c’est dans un corps à corps avec les mots, dans cette diversité de sens et dans cette parole différente, que l’écrivaine algérienne 1 « Écrire, c’est hurler en silence » est une phrase de Marguerite Duras, citée en exergue par Wahiba Khiari dans Nos silences . 2 Dorénavant désigné à l’aide du sigle NS, suivi du numéro de la page.
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