AGAPES FRANCOPHONES 2017

Sonia ZLITNI FITOURI Université de Tunis/FSHST, Tunisie ____________________________________________________________ 360 l’inavouable pour mieux faire entendre les vibrations du sens en silence. Le silence se déploie ainsi à travers les ellipses, les métaphores, la prétérition, les blancs typographiques, les phrases inachevées, les non-dits… car « Tout beau poème naît de la destruction plus ou moins impitoyable de ses traces » (Brogniet 2004) La parole est alors reléguée à l’arrière-plan favorisant le déploiement d’une pensée secrète, d’une parole balbutiant au seuil du langage, révélant « l’intranquillité » de l’écrivaine et, par ricochet, la perplexité du lecteur… Les séquences narratives fragmentaires et brèves, faisant alterner deux voix, occupant parfois l’espace d’une seule page sont plutôt des éclats de vie s’inscrivant dans une dialectique de la dissimulation-révélation. La puissance suggestive de la forme brève, le bruit assourdissant du silence, des aphorismes, la poétique du fragmentaire, de l’ellipse concourent ainsi à dire l’innommable et à marcher sur l’oubli. Le prologue, dédié à l’Algérie à la fois comme un hymne et un mea culpa est le miroir de cette écriture de la brièveté, texte-paragraphe en six lignes, faisant l’ellipse des épanchements lyriques, restant digne dans la douleur, criant sans hurler, faisant germer la parole dans la rhétorique du silence : « Algérie, une douleur étymologique est inscrite dans ton génotype, ton nom en porte la trace comme une fatalité. Devrais-je t’écrire toujours et encore pour me rapprocher de toi, peut-être me faire pardonner de t’avoir un jour quittée ? » (NS 128) Bibliographie Texte de référence Khiari, Wahiba, Nos silences , Tunis, Elyzad, Coll. Éclats de vie, 2009. Ouvrages critiques Baron, Christine, « Indicible littéraire et expérience des limites (de Blanchot à Wittgenstein) », In Aline Murat-Brunel et Karl Cogard (dir.), Limites du langage, indicible ou silence , Paris, L’Harmattan, 2002. Pierre Van den Heuvel, Parole, mot, silence . Pour une poétique de l’énonciation , Paris, José Corti, 1985.

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