AGAPES FRANCOPHONES 2017

L’hétérogénéité du langage intérieur : la construction d’ « un autre de soi » dans le silence Chaobin HUANG Université Sorbonne nouvelle-Paris 3, France Résumé . Se parler, c’est s’entendre parler. Ainsi le sujet se met-il en rapport dialogique avec lui-même. Cet article a pour but d’analyser l’hétérogénéité du langage intérieur « silencieux » dans la perspective de la linguistique d’énonciation. Nous développons d’abord que les représentations des mots dans la pensée varient sur une échelle d’intensité du silence. La pensée bruissant de paroles n’est point silencieuse, alors qu’il s’agit de vrai silence dans la mesure où les mots font défaut. Par la suite, nous analysons l’auto-dialogisme du langage intérieur silencieux et non silencieux dans le corpus littéraire. Les discours intérieurs littéraires permettent d’observer les réactions discursives aussi bien au dit où les paroles sont effectivement tenues, qu’au non-dit représentant la non-existence des mots. Cette approche caractérise bien la construction d’un autre de soi à travers l’auto-réception discursive du non-dit silencieux en tant que signe significatif inscrit lui aussi dans l’épaisseur du discours. Enfin, nous concluons une profondeur énonciative du langage intérieur. Abstract . Talking to oneself is a process of hearing-oneself-speak. In monologal contexts, the speaker is in a dialogic relationship with himself. This paper aims to study the heterogeneity of “silent” inner speech from an enunciative perspective. We first develop that the representations of words in thought vary on a scale of intensity of silence. The verbal thought isn’t silent, for the thought is completely silent just in the absence of words. Both unsilent verbal thought and silent thought areinthe processus of meaning production. In literary inner speech, we can observe both the said, which represents the verbal thought, and the unsaid revealing the absence of words.Subsequently, it is in literary corpus that we analyze autodialogism of the silent and unsilent inner speech, by which the speaker is related to his other self. The word unsaid but expressif,is part of semantic thickness in inner speech. Thus, we conclude an enunciative depth of inner speech. Mots-clés : langage intérieur, profondeur énonciative, co-énonciateur, s’entendre-parler, silence discursif Key words : inner speech, enunciative depth, co-enunciator, hearing-oneself-speak, discursive silence Introduction Le monologue intérieur ou l’endophasie sont souvent considérés comme le dialogue intériorisé « entre un moi locuteur et un moi écouteur » (Benveniste 1974, 85) ou l’« échange où celui qui parle et son auditeur se confondent » (Bergounioux 2004, 26). Cette impression met en évidence l’opération du s’entendre-parler. Si les mots sont entendus dans la pensée, elle n’est plus silencieuse. En ce sens, le langage intérieur verbal où le locuteur se parle en mots, est un silence prétendu. Dans la perspective énonciative, il s’agit donc de l’actualisation de la langue en discours dans la pensée, soit un acte d’énonciation. Comme le dit Benveniste, « le monologue procède bien de l’énonciation » (1974, 85). En revanche, dans le cas de l’« acte énonciatif in absentia » (Van Den Heuvel 1985, 67), la pensée devient un silence énonciatif, en tant que non- réalisation de la langue. C’est dans ce cadre de la pensée silencieuse ou non silencieuse que le moi écouteur ou l’ auditeur constitue un « autre de soi »

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