AGAPES FRANCOPHONES 2017
L’hétérogénéité du langage intérieur : la construction d’ « un autre de soi » dans le silence/ _____________________________________________________________ 385 lui-même. Cet arrière-fond n’est pas toujours verbalisé. Conclusion La voix intérieure mobilise également l’appareil (sub)vocal, comme le dit Rosenthal, « la parole intérieure convoque une certaine motilité de l’appareil phonatoire » (2012, 57). Pourtant, pour étudier la voix intérieure dans la théorie du dialogisme, nous nous attachons plutôt à la voix discursive qu’à la voix incarnée dans le cadre de cet article. À partir de ce point de vue, nous avons étudié l’interaction interne des voix intérieures qui revêtent des formes différentes selon l’intensité du silence et ainsi, l’hétérogénéité du langage intérieur. Le langage intérieur présente une profondeur énonciative : seule une certaine partie devient le dit réalisé, et l’autre partie reste potentielle et intériorisée. Le langage intérieur est un processus tel que la représentation effective de mots intérieurs et leurs impressions allusives s’enchevêtrent dans un réseau complet du sens. Toute pensée est une expression potentielle. C’est la voix discursive qui permet d’inclure ces aspects silencieux et non-silencieux du langage intérieur. En se parlant, le locuteur se comprend selon une échelle d’intensité du silence, parce que moins les mots sont entendus dans la pensée, plus cette dernière est silencieuse. Si les degrés de clarté des mots varient dans le langage intérieur , l’ écrit demande de concrétiser la réalisation de l’acte d’énonciation ( dit ) et sa non-réalisation ( non-dit ). En ce sens, la profondeur énonciative du langage intérieur est manifestée par l’épaisseur discursive du discours intérieur littéraire. La prise en considération de la dimension du silence énonciatif permet de réexaminer le rôle de l’autre de soi. Nous sommes partis de l’idée que le locuteur monologuant est lui-même l’ auditeur de son propre langage intérieur. D’après le corpus, cet auditeur n’est pas l’ interlocuteur qui contrôle lui aussi le discours, ce qui est surtout montré dans les cas du non-dit discursif. Au lieu de participer au dialogue intériorisé, l’autre de soi est plutôt un co-énonciateur (Culioli 2005, 155) qui se réalise par l’effet des marques du dialogisme interne repérées dans le dit et le non-dit à la fois. L’instance de l’autre de soi, marquée par le non-dit, joue ce rôle dans la construction du sens des discours intérieurs littéraires, de même que le locuteur peut se comprendre sans mots effectivement manifestés dans la pensée. Bibliographie Textes de référence Mauriac, François, Thérèse Desqueyroux , Paris, Bernard Grasset, 1927. Mauriac, François, La fin de la nuit , Paris, Bernard Grasset, 1935. Ouvrages critiques Authier-Revuz, Jacqueline, Ces mots qui ne vont pas de soi: boucles réflexives et non- coïncidences du dire , Deuxième édition, Limoges, Lambert-Lucas, 2012 [1995]. Bakhtine, Mikhaïl, Problème de la poétique de Dostoïevski , Lausanne, l’Age d’Homme, 1970. Bakhtine, Mikhaïl (et Volochinov, Valentin), Le marxisme et la philosophie du langage , Paris, Minuit, 1977. Benveniste, Emile, Problèmes de linguistique générale II , Paris, Gallimard, 1974. Bergounioux, Gabriel, Le moyen de parler , Lagrasse, Verdier, 2004. Bres, Jacques, « Savoir de quoi on parle : dialogue, dialogal, dialogique, dialogisme,
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