AGAPES FRANCOPHONES 2017
Chaobin HUANG Université Sorbonne nouvelle-Paris 3, France _____________________________________________________________ 384 image visuelle, sensations tactiles, émotion, kinesthésie, olfaction, goût et son » 5 (Wiley 2006, 324). À travers ces cas de l’auto-interrogation et de l’auto-réponse, nous avons montré que l’auto-réception de la pensée ne concerne pas seulement le dit réalisé, mais aussi des éléments non verbaux, comme des images, des sensations, etc. Ces derniers constituant dans leur ensemble le contexte allusif, renvoient à la non-réalisation de l’acte d’énonciation par rapport au langage intérieur verbal. La modalisation et la réflexivité Si la question-réponse intérieure donne l’impression d’une interaction intérieure, il s’agira d’un mécanisme dialogique différent dans la modalisation qui montre également l’épaisseur discursive. Dans le cadre du discours extérieur, Rober Vion montre que le modalisateur a pour fonction de « relier l’énoncé modalisé à tout un ensemble de discours non explicités, mais néanmoins envisageables et donc réels, sur lesquels s’appuie le locuteur pour donner du sens à son énonciation » (2007, 200). Dans l’occurrence suivante du langage intérieur, le modalisateur se réfère aussi au « discours non explicité » : Thérèse songe : « Comment persuader Bernard que je n’ai pas aimé ce garçon ? Il va croire sûrement que je l’ai adoré. Comme tous les êtres à qui l’amour est profondément inconnu, il s’imagine qu’un crime comme celui dont on m’accuse ne peut être que passionnel. » (TD 78) Le modalisateur sûrement signale un arrière-fond du discours présent : « il va croire que je l’ai adoré ». La pensée situationnelle y reste potentielle. Pourquoi Thérèse juge-t-elle ainsi ? L’opacité du sens est levée par l’énoncé suivant qui donne l’explication. Ainsi, c’est le modalisateur sûrement qui signale le rapport à la pensée qui est explicitée dans l’énoncé suivant. L’occurrence suivante montre plus clairement le « non-dit » : Qui allait-elle voir? Par qui était-elle attendue ? se demandait Thérèse aux écoutes. « Quelqu’un dont elle a peur sans doute, qui a barre sur elle…Mais elle ne saura pas dissimuler. Dès ton retour, je verrai bien ce que tu as dans le ventre. » (FN 208) Le modalisateur sans doute marque l’hypothèse du locuteur monologuant dont on ne sait pas la raison explicite. Pourtant, nous pouvons supposer que le locuteur se plonge dans une représentation imaginaire quelconque. Les points de suspension viennent à la suite confirmer un non-dit discursif dans ce discours intérieur. Par conséquent, le modalisateur sans doute manifeste le prolongement d’un non-dit expressif. En tant que marque de la réflexivité discursive, et donc de l’instance d’un autre de soi, le modalisateur signale également l’articulation du dit et du non-dit dans les discours intérieurs littéraires. L’occurrence du modalisateur montre un contexte sémantique du dit qui est transparent pour le locuteur monologuant 5 « they [inner speeches] incorporate so many extra-linguistic elements—visual imagery, tactile sensations, emotion, kinesthetics, smells, tastes and so unds. » (Notre traduction)
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