AGAPES FRANCOPHONES 2017
Approche inférentielle du silence dans l’entretien médical. Aspects formels et conceptuels Youcef IMMOUNE Université d’Alger2, Algérie Résumé. À l’épreuve d’un corpus de faits interactionnels (l’entretien médical), la question du silence est abordée dans un processus interprétatif inférentiel à même de rendre compte de son fonctionnement en l’absence de marquage formel identifiable. Relevant de la sphère du sens, nous avons tenté d’en déterminer les conditions pragmatiques de son identification et de son traitement par les interlocuteurs, tant sur le plan macrostructurel que sur le plan microstructurel. Il en ressort quelques pistes de compréhension : le silence comme question de légitimité informationnelle ; comme absence de représentation ; comme exclusion d’un champ de compétence. Abstract. The question of silence is examined in a corpus of interactional facts (the medical conversation), and is addressed in an inferential interpretative process capable of accounting for its functioning in the absence of identifiable formal marking. From the sphere of meaning, we have tried to determine the pragmatic conditions for its identification and treatment by interlocutors, both macrostructurally and microstructurally. Some lines of understanding emerge: silence as a question of information legitimacy; as lack of representation; as an exclusion from a jurisdiction. Mots-clés : silence, interaction, pertinence, indices, inférence Keywords: silence, interaction, relevance, clues, inference 1. Situation et considérations conceptuelles préalables Pour aborder le silence, dans le cadre de cette présente contribution, nous nous appuyons sur une archive d’enregistrements d’entretiens médicaux, effectués, après consentement éclairé des patients, dans un centre médical interuniversitaire à Grenoble, France. Un cadre discursif interactionnel, donc, qui nous confronte a priori à une foisonnante masse de données interactionnelles d’ordres verbal (linguistique), paraverbal (intonations, rythmes), non verbal (gestes, mimiques, postures, kinésie), qui sont autant de faisceaux de signes participant à l’édification du sens. Cependant, cette édification du sens, dans ce cadre d’échange interpersonnel, est loin d’atteindre sa complétude ou sa plénitude sans le recours nécessaire à des données qui relèvent de l’ordre de l’indicible et de l’absent ; ordre qui est inhérent à des processus mentaux en œuvre dans l’interprétation des signes et des situations interagissant avec la matérialité discursive et linguistique sans s’y confondre. Ce sont des zones d’ombre ou des lignes de fuite de sens sans marquage formel identifiable, qu’on peut mettre sur le compte du silence. Le système entier du langage parlé s’écroulerait si l’homme était incapable à la fois d’enregistrer et de créer des séquences de signes constituées en unités silence/son/silence. En d’autres termes, les signes du langage prennent une signification de par leur interdépendance avec les silences obligatoires. Ils s’ensuit qu’il n’est possible de donner un sens aux différentes situations, intensités, durées et fréquences des silences imposés que grâce à leur interdépendance avec le langage. (Bruneau 1973, 5-6)
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