AGAPES FRANCOPHONES 2017

Youcef IMMOUNE Université d’Alger2, Algérie _____________________________________________________________ 388 Ce silence, identifiable à la présence de sens et à l’absence de marquage formel, est tributaire d’un parti pris interactionnel qui consiste à dire en reprenant des principes interactionnels établis dans la littérature théorique (Watzlawick et Helmick 1979) – « On ne peut pas ne pas communiquer » et donc « Tout fait sens ». À partir de là, on peut dire que dans l’interaction, le verbal et le non verbal se composent d’unités formelles marquées et le silence, qu’on peut retenir comme espace de signifiance, renvoie à des unités « formelles » non marquées intrinsèquement mais de manière indirecte ou différée. Il se loge dans les interstices du flux verbal envisagé dans son horizontalité et dans les strates de l’archéologie du sens (données du non-dit relevant du contexte et savoirs encyclopédiques partagés ou non) lorsque l’on envisage dans sa verticalité. Ainsi, nous partons de deux postulats. Un : le silence relève de l’intentionnalité communicative. Le locuteur, comme le disent Sperber et Wilson, a une intention communicative et une intention informative. Selon eux […], l’intention communicative du locuteur est « de rendre mutuellement manifeste au destinataire et au communicateur que le communicateur a cette intention informative », alors que l’intention informative du locuteur est, grâce à un stimulus particulier, « de rendre manifeste ou plus manifeste à l’auditoire un ensemble d’hypothèses I ». (Reboul et Moeshler 1996, 88) À partir du moment où l’on peut observer dans l’interaction (ici, l’entretien médical) que les interlocuteurs reconnaissent au-delà des marques formelles du discours, une intention communicative et informative, on peut s’appuyer sur l’idée que le silence est un acte de communication analysable. Deux : cette intentionnalité relève d’un langage indiciel, à l’instar de ce qui est suggéré dans ce qui suit : « Ainsi, l’intention communicative et l’intention informative, si elles peuvent s’exprimer via un énoncé, le peuvent aussi par d’autres moyens, y compris bien entendu via des séquences non arbitraires d’énoncés, i.e. des discours. » (Reboul et Moeshler 1996, 88) En effet, en l’absence de marques formelles inhérentes directement à une sphère de sens a priori indicible, nous ne pouvons, à l’analyse, que nous appuyer sur des indices (verbaux, paraverbaux, non verbaux) comme traces de la présence d’un au-delà du sens explicite, et immédiat que les interlocuteurs reconnaissent et interrogent et, comme il est dit dans les propos suivants : Le silence est un fait de langage qui a ses fondements dans l’acte sémiotique et possède les mêmes fonctions que la langue : syntaxique, sémantique et pragmatique. (Timenova-Valtcheva 1973, 98) Dans la communication interpersonnelle le silence est aussi important que la parole. Le refus de paroles est un acte pragmatique aussi chargé de sens que l’exercice de la parole. Le silence n’est pas un vide, il est interprétable. (Timenova-Valtcheva 1973, 98) qu’à notre tour nous devons interroger.

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