AGAPES FRANCOPHONES 2017
Approche inférentielle du silence dans l’entretien médical. Aspects formels et conceptuels _____________________________________________________________ 389 2. Problématique Nous appuyant sur cette observation et ce positionnement conceptuel général, un questionnement dirigera l’analyse qui en découlera par la suite. Les aspects formels étant désignés comme non marqués ou marqués indirectement ou de manière différée, il y a lieu d’interroger les conditions formelles (formes des interventions et des échanges) de repérage des zones de silence, tels qu’ils sont repérés par les interlocuteurs et tels qu’ils entrent dans la dynamique de leurs échanges. La capacité de les repérer pousse à interroger la capacité d’instituer dans l’interaction des unités interactionnelles relevant du silence. Si les premières étapes sont réalisables, il devient possible et donc nécessaire de pouvoir décrire le processus de signification que ces unités, désormais communicationnelles, permettent de dérouler. Le caractère indiciel de cette contribution nous situe dans un paradigme d’analyse appartenant au champ théorique de la pertinence. Le principe de pertinence stipule que le locuteur a produit l’énoncé le plus pertinent dans les circonstances, à savoir que tout acte de communication (ici verbale) communique la présomption de sa propre pertinence. Ce principe, à première vue maximaliste, a une vertu explicative non négligeable : il explique pourquoi le destinataire accepte de prêter attention et de traiter l’acte de communication qui lui est destiné. Tout traitement demandant un coût cognitif, il faut expliquer pourquoi ce traitement. (Moeshler 1995, 30) Postulé en tant qu’acte de communication, le silence est envisagé ici comme tout fait de langage non marqué que les interlocuteurs relèvent et traitent sémantiquement. Par ailleurs, compte tenu du non marquage de sa manifestation, le silence est abordé dans le cadre d’une approche inférentielle des faits de discours : […] l’interprétation du discours dépend de l’interprétation des énoncés qui le composent, l’interprétation de chacun de ces énoncés dépendant elle-même de l’interprétation des énoncés précédents ainsi que d’autres données, notamment des informations encyclopédiques ou perceptuelles sur le monde, dont aucune ne vient du discours conçu comme un principe téléologique gouvernant l’interprétation et la production des énoncés qui le composent. En ce qui concerne la production, loin, selon nous, d’être téléologiquement guidée par le discours, elle s’explique par l’intention informative du locuteur et par sa capacité à orienter l’interprétation de son interlocuteur. (Reboul et Moeshler 1996, 67) Il s’agit de procéder au traitement des mécanismes discursifs et mentaux, en œuvre dans le calcul interprétatif. 3. Présence du silence au niveau macro-structurel de l’entretien médical Sur le plan macro structurel, l’entretien médical correspond à un schéma formalisé de succession de quatre étapes, suivant des schèmes cognitifs de successivité fondés sur la « causativité » et la « consécutivité » entre deux plans séquentiels : séquences informationnelles (l’interrogatoire et l’examen) et
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