AGAPES FRANCOPHONES 2017
Approche inférentielle du silence dans l’entretien médical. Aspects formels et conceptuels _____________________________________________________________ 395 interactionnel qui doit être son pendant nécessaire : l’expert doit savoir diriger l’interrogatoire médical ; ainsi, il y a silence quand ce transfert n’est pas opéré et rend l’échange informationnel difficile sinon impossible, ce qui affaiblit la légitimité institutionnelle conférée à l’expert ou à l’expertisé suivant les modules interactionnels. Le silence est la manifestation d’un processus de mise en abîme du caractère lacunaire de l’activité informationnelle : incomplétude, imprécision, assertions à force illocutoire faible, assertions contradictoires, opacité du sens, absence totale. Il serait alors intéressant, sur le plan longitudinal, de voir comment la répétition des échanges (les entretiens) contribuent-elles à provoquer des ajustements dans le comportement interactionnel du médecin pour tenir compte de la position du patient et augmenter le capital informationnel quant aux situations des patients. Quant à ces derniers, il est intéressant de considérer le processus de socialisation médicale qui s’installe chez eux et provoque là aussi une augmentation de leur compétence informationnelle. Le deuxième niveau des considérations porte sur les actions exploratoires et thérapeutiques. Est absence dans l’examen médical tout geste technique et corporel qui ne constitue pour le patient ni un référent, ni un signe, ni un effet de sens. Est absence-silence dans l’action thérapeutique tout acte directif-prescriptif inopérant. Ce qui serait intéressant à développer, de ce point de vue, c’est l’étude des profils des patients quant à leurs dispositions interactionnelles à se livrer passivement ou activement à la manipulation exploratoire ou thérapeutique, selon les cas qu’ils présentent. Le troisième niveau de considérations porte sur les marques formelles de la manifestation du silence. Le silence se manifeste in absentia et ne se laisse appréhender qu’indirectement en rapport à des données relevant du verbal et du non verbal. La signification opère par des indices qu’il faut intégrer dans un processus interprétatif inférentiel. Il précède ou succède aux actes manifestes de la communication caractérisés généralement par un marquage faible. L’analyse pourrait être approfondie en essayant d’établir des corrélations assez probantes, voire systématiques, entre indices (verbaux et non verbaux) et ce qui est permis de construire comme sens à partir d’eux. Le silence est ainsi symptomatique d’une élaboration laborieuse, négociée, intégrative de l’interaction verbale. Bibliographie Bruneau, Thomas J., « Le silence dans la communication », Trad. de l’anglais par Francine Achaz, Communication & langages , n° 20, 1973, p. 5-14. Moeschler, Jacques, « La pragmatique après Grice : contexte et pertinence », L’Information Grammaticale , n° 66, « Où en est la pragmatique ? », 1995, p. 25-31. Reboul, Anne et Moeschler, Jacques, « Faut-il continuer à faire de l’analyse de discours ? », Hermès, revue de linguistique , n o. 16, 1996, p. 61-93. Timenova Valtcheva, Zlatka, « Les silences du dialogue romanesque dans Moderato Cantabile de Marguerite Duras », Verbum Analecta Neolatina XI/1, 2009, p. 97-110. Watzlawick, Paul et Helmick, Janet, Une logique de la communication , Paris, Le livre de poche, 1979 [1967].
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