AGAPES FRANCOPHONES 2017
Youcef IMMOUNE Université d’Alger2, Algérie _____________________________________________________________ 394 Du point de vue de la stricte logique médicale, dans la mesure où le diagnostic est établi (affirmation catégorique), consécutivement une thérapie est décidée manifestée par la rédaction d’une ordonnance : dans ces deux phases conclusives de l’entretien médical, c’est le discours d’expertise qui prime en ce sens que seule les interprétations de la symptomatique permettent l’aboutissement par voix inférentielle au diagnostic et ce dernier implique par voix inférentielle une thérapeutique. En (6) et en (7), « ok », « bon » signalent comme actes conclusifs (des phases exploratoires) et introductifs (des phases décisionnelles) (diagnostic/prescription) et manifestent une complétude informationnelle et une clarté cognitive quant à la prise de décision : gorge/trachéite/irritation peuvent recevoir une ordonnance/thérapeutique (« donner quelque chose », « prendre L cinquante deux et le trouver excellent »). À partir de cette clarté cognitive et interactionnelle, il est permis de repérer, à ce niveau des zones de silence, qui se manifestent comme suit : rendre inaudible le diagnostic et par là inopérante une action thérapeutique. En (8), la patient revient à la symptomatique (« ça s’est calmé », ensuite « voilà ça a repris », « surtout quand je me couche comme ça ») en signalant sa persistance et rend inopérante l’action thérapeutique domestique (prise du L cinquante deux recommandé par sa grand-mère) en le validant par le médecin (excellent le L cinquante deux). Du point de vue du patient, le L cinquante deux sort du champ de la thérapeutique à venir, dans la mesure où il aurait pu le confirmer dans l’ordonnance ou recommander de poursuivre sa prise d’autant plus qu’il l’a jugé « excellent ». Cette inopérabilité thérapeutique conduit à rendre inaudible le diagnostique établi (la trachéite ou la localisation de l’irritation au niveau de la gorge) : le patient n’entend plus le diagnostic expert et propose un autre diagnostic sur la certitude de sa symptomatique (une bronchite) : « quand je tousse », « on dirait que ça vient des poumons », « ça fait un drôle de bruit », « parce que ça vient des bronches » donc « ça fait comme une bronchite ». Cette divergence de diagnostic (expert opposé au profane), manifeste le silence dans la mesure où la « bronchite » est le diagnostic qui du point de vue du patient est « ce que le médecin n’a pas établi malgré une certaine symptomatique qui milite pour son établissement » ; du point de vue du médecin, est « ce qui d’un point de vue médical, n’est pas à établir malgré une symptomatique apparente mais non conclusives en sa faveur ». Dans les deux cas, la bronchite est à taire (invalidée). Ainsi, au niveau de la dialectique diagnostic-prescription, le signe qui rend inaudibles le diagnostic et la prescription, c’est le caractère hypothétique de l’affirmation-diagnostic (s’apparenter, peut-être). Cela permet à la symptomatique de s’opposer au discours d’expertise médicale : insister sur la persistance des symptômes et déclarer l’inopérabilité de la thérapeutique. Relève donc du silence, toute inaudibilité de la proposition du diagnostic et tout directif de la prescription, affecté par une force illocutoire faible. D’où, le retour aux phases exploratoires, où l’approbation du patient est requise. Conclusion Le premier niveau de considérations porte sur l’élaboration de l’information. Le silence est le lieu interactionnel qui met en crise la légitimité informationnelle, dans la mesure où il révèle les conditions inappropriées qui permettent de transférer le savoir faire de l’expertise au savoir faire
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