AGAPES FRANCOPHONES 2017

Sur le (non) dit de la prétérition inversée _____________________________________________________________ 407 personne. La substance de la prétérition inversée reste la même : le locuteur évite d’assumer son entière responsabilité d’avoir initié des attaques à l’adresse d’un tiers. La différence par rapport aux exemples (2) et (3) réside dans le fait que la nouvelle interprétation de son acte de parole a été auto-initiée pour étouffer autant que possible toute tentative de « sommation » (Goffman, 1974, 23). Conclusions Dans cette étude, j’ai essayé de trouver une étiquette pour une stratégie discursive exploitée dans le discours : il s’agit de la prétérition inversée construite à l’aide de la phrase C’est juste une figure de style. Cette phrase, je l’ai envisagée dans une étude antérieure comme un commentaire métalinguistique du locuteur qui revient sur ses propos (Scripnic 2016). Les caractéristiques formelles, énonciatives, pragmatiques et rhétoriques de la prétérition m’ont servi comme point de départ à l’établissement du schéma prototypique de la prétérition inversée qui repose sur trois étapes et implique au moins deux participants : L1 accomplit un acte assertif ; L2 réagit à l’énoncé de L1 car il saisit un acte de langage à valeur d’offense dans la prise de parole de L1 ; L1 revient sur ses propos en interprétant son contenu propositionnel comme une figure de style avec l’intention d’en annuler la fonction péjorative explicitée par L2. L’étape numéro deux peut ne pas se produire verbalement – il y a des cas où le locuteur annule tout seul le contenu offensant de ses propos. Il s’ensuit que la prétérition inversée devient une stratégie du locuteur de se soustraire aux attaques des interlocuteurs par la récusation d’un acte de langage accompli. Le locuteur se présente comme quelqu’un qui n’adhère pas à l’interprétation de son énoncé comme offense. En utilisant la prétérition inversée, le locuteur vise à passer sous silence et à faire oublier l’acte injurieux accompli, comme partie d’un processus réparateur (cf Goffman 1974) ou d’une tentative de refaire son ethos devant l’interlocuteur et devant la communauté. Bien que cette étude montre le fonctionnement de la prétérition inversée sur un corpus de discours traduits du roumain en français, ce concept linguistique semble avoir une portée universelle car il tire sa substance du comportement énonciatif du locuteur. Ce sera, sans doute, un sujet à exploiter dans une étude future. Bibliographie Amossy, Ruth, La Présentation de soi. Ethos et identité verbale , Paris, Presses Universitaires de France, 2010. Brown, Penelope et Levinson C., Stephen, Politeness. Some universals in language use [Les universaux de la politesse linguistique] , Cambridge University Press, 1987. Dhondt, Reindert et Vanacker, Beatrijs , Ethos : pour une mise au point conceptuelle et méthodologique , COnTEXTES, n o 13, 2013. [En ligne]. (Le 20 décembre 2013). URL : http://contextes.revues.org/5685 ; DOI : 10.4000/contextes.5685 (Consulté le 13 février 2017). Ducrot, Oswald et Todorov, Tzvetan, Dictionnaire encyclopédique des sciences du langage , Paris, Editions du Seuil, 1972. Fontanier, Pierre, Les Figures du discours , Paris, Champs/Flammarion, 1977.

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