AGAPES FRANCOPHONES 2017
Eugenia-Mira TĂNASE Université de l’Ouest de Timişoara, Roumanie _____________________________________________________________ 440 compliquent le décryptage du sens et font augmenter, chez l’auditeur, le plaisir de la réussite. 4.4. Les homonymes contextuellement autonomes sont ceux que l’on retrouve dans le sketch « Ouï-dire ». Alors que la cohésion du texte est donnée par l’opération de conjugaison, l’homonymie entre le paradigme verbal et toute une série de noms communs impose à l’auditeur des images inattendues, voire extravagantes. J’ois... [2.452] « Dieu, que ce que j’ois est triste ! » [3.528] Tu ois... [1.048] / Tu ois mon chien qui aboie le soir au fond des bois ? [1.583] Ils oient. [0.479] / C’est bête ! [3.076] L’oie oit. [1.185] Elle oit, l’oie ! [1.829] / Ce que nous oyons, l’oie l’oit-elle ? [2.000] Puisque les sens déjà déchiffrés sont peu utiles pour la compréhension de la suite, le comédien ménage des pauses bien longues entre chaque forme verbale et le commentaire censé aider le spectateur à retrouver l’homonyme correspondant. En revanche, la réduction/suppression des pauses dans les assonances prolongées embrouille leur décodage et surprend l’auditeur : « Et qu’oit toute oie ? » / « Toute oie oit, [0.305] quand mon chien aboie / le soir au font des bois, / toute oie oit : / ouah ! ouah ! / Qu’elle oit, l’oie !...» [2.055] Conclusion Le chronométrage des pauses, présentes dans l’enregistrement en spectacle de trois sketches que Raymond Devos bâtit sur les effets de l’homonymie, révèle la situation suivante : Durée totale Durée des pauses Pourcentage Caen 4m 12.580s 1m 53.006s 44,74 Bric-à-brac 3m 24.030s 1m 45.339s 51,63 Ouï-dire 1m 59.693s -- 56.234s 46,98 Cela revient à dire que, malgré son appartenance au genre du monologue théâtral (comique), par sa production orale, le sketch ressemble à un dialogue où le temps de participation à l’échange est partagé entre locuteur et interlocuteur. Dans le cas observé, le temps imparti au spectateur varie de 44% à 51% de la durée de l’enregistrement. Les pauses brèves, intérieures de phrase, sont censées permettre à « l’interlocuteur »/au public de suivre l’histoire, de comprendre le texte à son niveau littéral, tandis que les pauses longues, placées en fin de période ou après l’ambiguïté homonymique (et la chute), lui laissent le temps de raisonner, de reconnaître le comique ou l’absurde de la situation racontée et de prendre plaisir au jeu d’imagination dans lequel il s’est laissé entraîner.
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