AGAPES FRANCOPHONES 2017

Du jeu de mots au jeu des pauses. La relation entre homonymie et pauses dans les sketches de Raymond Devos _____________________________________________________________ 439 Les deux dialogues (narrateur - entrepreneur et narrateur - copain) de « Bric-à-brac », bâtis autour du prix du pin/pain , sont, eux aussi, suffisamment minimalistes pour permettre le malentendu : ne connaissant pas le contexte large, le copain rapporte le prix du pin (pain) au kilo. Le spectateur est toutefois averti du « piège » que soulève le mot pin , par une pause très longue [2.686 s], qui le suit et qui interrompt le fil de l’histoire. La deuxième pause très longue [1.878 s] permet à l’auditeur de repérer la méprise du copain . Le rôle de ces pauses est donc celui de permettre à l’auditeur de reconnaître l’ambiguïté et de l’apprécier. 4.2. La forme homonymique apparaît dans un contexte syntagmatique reconnu des spectateurs : - savoir où et quand > savoir où est Caen : « Comment voulez-vous que je vous dise quand, [0.080] si je ne sais pas où ? » [2.753] / « Comment, [0.109] vous ne savez pas où est Caen ? » [2.514] - payer comptant > content ou pas content, [...] : I(l) m(e) dit : « Vous n’êtes pas obligé de payer comptant... » [1.575] / J(e l)ui dis : « Content ou pas content, [0.354] je suis obligé de payer ! » [4.819] La double interprétation des homophones conduit à la décomposition des syntagmes dont les éléments se retrouvent dans des répliques successives : J(e l)ui dis : « Je vous ai dit Caen. » [1.717] / I(l) m(e) dit : « Oui, mais vous ne m’avez pas dit où ! » [7.729] Moi, j(e l)ui dis : « Pour où ?» [0.441] / I(l) m(e) dit : « Pour Caen. » [3.310] . Au niveau prosodique, deux pauses très longues soulignent la destruction des figements et prolongent le jeu de l’ambiguïté. La seconde de ces pauses, d’une durée supérieure à la première, laisse au spectateur le temps de savourer la « chute ». 4.3. Les homonymes identifiables à l’oral sont soutenus dans le contexte par les champs (lexico-sémantiques, locutionnaires) respectifs : I(l) m(e) dit : « C’est qu’il en faut du pin pour faire des planches !... [0.282] Et le boulot, ça se paye ! » [1.245] / « Quel bouleau ! [0.715] Vous m’aviez dit [0.043] qu’il n’y en avait pas ! » [1.406] / I(l) m(e) dit : « Il n’y a pas de bouleau, mais il y a du pain sur la planche ! » [2.416] / J(e l)ui dis : « Bon alors ! [0.055] Pour le pin, c’est cuit ! » [1.341] . Le champ des noms d’arbres [ pin, bouleau ] est éclaté dans ce passage par la rencontre des mots homonymes ( pain, boulot ) et par le groupement sémantique croisé de ces formes ( pin – boulot ; bouleau – pain sur la planche ; le pin, c’est cuit ). L’accouplement croisé des noms homonymiques appartenant à des champs différents, leur proximité contextuelle, mais aussi les pauses très longues qui séparent les trois séquences syntactico-sémantiques respectives

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