AGAPES FRANCOPHONES 2017

Eugenia-Mira TĂNASE Université de l’Ouest de Timişoara, Roumanie _____________________________________________________________ 438 J(e l)ui dis : « Dites-moi, [0.065] pour une thune, [0.033 ] qu’est-ce que je pourrais avoir ? » [0.969] I(l) m(e) dit : « Des clous ! » [4.506] Alors je retourne voir mon copain. [...] Les pauses de plus d’une seconde servent aussi à recentrer l’attention du public sur le sujet de départ et à accentuer l’importance de la phrase qui les suit immédiatement : J(e l)ui dis : « Monsieur... [...] je vous demande une petite minute d’attention ! [1.768] Je voudrais que vous me donniez l’heure des départs des cars qui partent pour Caen ! » Dans les dialogues, les répliques des personnages peuvent être séparées par des pauses très longues traduisant des états d’esprit tels que l’étonnement, la perplexité, l’indécision : Je voudrais que vous me donniez l’heure des départs des cars qui partent pour Caen ! » [4.339] / !!!... « Mais, enfin, Monsieur !... Caen !... [0.224] Dans le Calvados ! » Ces types de pauses longues font partie de la stratégie du comédien, certes, mais ces silences sont en bonne partie imposés par la structure du texte et par son contenu. 4. Interprétation des pauses en rapport avec le phénomène de l’homonymie Les homonymes, principaux moteurs dans la construction des sketches « Caen » et « Bric-à-brac », apparaissent dans plusieurs types de structures syntaxiques, auxquelles correspondent des segmentations sonores spécifiques. 4.1. Une seule forme sonore correspondant à des lexèmes différents a des occurrences rapprochées dans un contexte restreint, sans que les sens possibles soient soutenus par des isotopies bien distinctes : Comme j’avais entendu dire : « À quand les vacances ?... À quand les vacances ?... », j(e me) dis : « Bon !... J(e) vais aller à Caen... [2.904] « Mais, j(e lui) dis : « Ça va me coûter combien ? » [0.607] / I(l) m(e) dit : « Ça dépend du prix du pin. » [2.686] / [...] Je lui dis : « Dis-moi, [0.285] un pin, combien ça vaut ? » [0.586] / I(l) m(e) dit : « Cinquante-sept francs le kilo... [1.878] Mais ça va bientôt augmenter. » La séquence sonore à quand/Caen répétée à petit intervalle dans la partie introductive narrative du premier sketch y instaure une structure prosodique ternaire. Les deux premiers à quand correspondent à l’adverbe interrogatif, le troisième représente un locatif ( à Caen ). Pourtant l’absence de pause dans le phrasé de Devos occulte le changement brusque de sens introduit en fin de période, d’où l’effet de surprise. Une fois le tour joué, le comédien ménage une pause longue [2.904 s], afin de permettre aux spectateurs de saisir le double sens de quand/Caen et d’entrer dans le jeu qu’il leur propose.

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