AGAPES FRANCOPHONES 2017
Le silence et la peinture BARTHA-KOVÁCS Katalin Université de Szeged, Hongrie Résumé . L’article se propose d’aborder un sujet interdisciplinaire : il s’agit d’observer si la notion de silence en rapport avec la peinture peut être examinée à l’aide des catégories d’origine rhétorique. Les questions auxquelles il tâche de répondre sont les suivantes : comment la peinture peut-elle visualiser le silence et les figures du silence ? Comment le vide, le manque, le non-exprimé - et l’inexprimable - peuvent-ils apparaître sur les tableaux ? Après avoir illustré la rupture picturale par trois exemples visuels, on tâche de démontrer que les notions de rythme et de vide sont plus pertinentes pour aborder le silence en peinture que les figures de rhétorique. Abstract. This paper deals with an interdisciplinary topic: it analyses the possibility to examine the notion of silence in relation to painting by rhetorical categories. The questions that the article wishes to answer are the following: how can painting represent silence and the figures of silence? How can the void, the loss, the not-expressed – and the inexpressible – appear in the paintings? After illustrating the pictorial rupture by three visual examples, we intend to show that the notions of rhythm and void are more pertinent to examine silence in painting than those of rhetorical origins. Mots-clés : rythme, vide, rupture, réticence, irreprésentable. Keywords : rhythm, void, rupture, reticence, unrepresentable. « Mais où trouver les mots pour désigner ce qui est trace insaisissable, signe équivoque, instant, brise légère ? » (Jankélévitch 1978, 56) On pourrait continuer ainsi l’interrogation de Vladimir Jankélévitch : où trouver des mots qui parlent de la peinture, qui disent en quelque sorte ce qui est ligne tracée et tâche coloriée ? L’association des termes « silence » et « peinture » a certainement quelque chose de troublant, dès que l’on évoque la formule attribuée par Plutarque à Simonide, devenue désormais classique, selon laquelle la peinture est une poésie muette et la poésie une peinture parlante. Cette association s’ouvre sur une problématique bien complexe : d’une part, sur l’examen du silence inhérent aux tableaux, d’autre part, sur la question de l’existence d’un discours quelconque susceptible de rendre compte du silence en peinture et, parallèlement, d’une manière de regarder propre aux « peintures du silence ». Parmi les branches artistiques, le silence est lié aux arts dits « sonores » et, avant tout, à la musique ; son équivalent littéraire est le blanc, et son équivalent pictural le vide. Comment la peinture se prête-t-elle à la représentation du silence ? Et comment les figures voisines du silence – le non-exprimé, le rythme et le vide – peuvent-elles apparaître sur les tableaux ? La notion de silence en peinture ne se laisse en effet que difficilement saisir par des catégories d’origine rhétorique, telles que l’ellipse ou la réticence. C’est à l’aide de trois exemples visuels – un tableau perdu du peintre grec Timanthe représentant le sacrifice d’Iphigénie, Les Ambassadeurs de Hans Holbein et La Manne de Nicolas Poussin – que nous montrerons qu’il est tout à fait légitime et possible de parler de « rupture » à propos de la peinture. Nous essaierons pourtant de prouver que les notions de
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