AGAPES FRANCOPHONES 2017

BARTHA-KOVÁCS Katalin Université de Szeged, Hongrie _____________________________________________________________ 46 rythme et de vide sont plus pertinentes pour aborder le silence en peinture que toute figure de rhétorique. Ces notions seront illustrées par les natures mortes de Jean-Siméon Chardin, le principe de la dichotomie du vide et du plein déterminant l’esthétique orientale et, finalement, par les « peintures du vide » d’un artiste contemporain hongrois, Sándor Molnár. 1. Le silence et les figures de rhétorique : éléments d’une enquête terminologique Avant de nous pencher sur le domaine pictural, nous trouvons utile d’éclairer le sens du terme « silence » en rapport avec les arts figuratifs. Sans vouloir entrer ici dans les détails lexicographiques concernant le mot « silence » et ses synonymes discursifs (comme le verbe « se taire » ou l’adjectif « muet »), nous nous bornerons à évoquer quelques articles d’encyclopédies ou dictionnaires français, tant généraux que spécialisés. À partir du XVII e siècle, les définitions du silence insistent en général sur le lien de ce terme au sens de l’ouïe ainsi que sur la relativité de son acception, et le déterminent par opposition aux bruits, aux cris ou bien au tumulte. (Furetière 1978, t. 3) Au siècle suivant, l’ Encyclopédie de Diderot et de d’Alembert ne considère pourtant plus le silence comme une notion ayant un sens privatif, mais elle y associe des connotations positives 1 . Les dictionnaires plus tardifs recourent d’habitude à ces mêmes éléments de définition, tout en les nuançant. Le court article « Silence » écrit par Anne Souriau qui figure dans le Vocabulaire d’esthétique commence d’une manière bien conventionnelle : « Au sens propre, absence de sons, de bruits. » (2004, 1292) Il passe ensuite au sens musical du silence : Dans une œuvre composée de sons, comme la musique, il y a des silences partiels lorsque certaines voix se taisent pour en laisser entendre d’autres ; mais le silence complet peut se rencontrer, sortes de vides sonores où l’œuvre s’interrompt pour un temps. Le silence fait partie de l’œuvre musicale, ayant pour fonction d’interrompre le flux sonore (Vouilloux 2017). Quant à l’expression « vide sonore », elle est équivalente au silence total. Mais l’article « Silence » du Vocabulaire d’esthétique fait aussi allusion aux bruits très faibles qui servent à nuancer le silence : le silence prend alors « une sorte de richesse et de qualité particulière, comme la peinture peut nuancer des tons de blanc » (1292). Cette comparaison laisse entendre que le blanc sur le tableau ne signifie guère le manque de couleurs, mais qu’il a bel et bien des nuances. Ce n’est pas un hasard que la définition citée contient le terme « vide » : comme le précise l’article « Vide » de ce même Vocabulaire , cette notion n’est pas équivalente à un « rien physique » ou à une « absence de toute matière », mais il est « un intervalle ouvert, une vacuité, c’est-à-dire un espace de disponibilités » (1387). Tout discours est scandé par des interruptions : les blancs entre les lettres ou les mots sont les formes matérielles de la manifestation du silence. Au sujet du 1 « Terme relatif, c’est l’opposé du bruit. Tout ce qui frappe l’organe de l’ouïe, rompt le silence . » Cf. la suite de la définition : dans l’éloquence, « le silence fait le beau, le noble, le pathétique dans les pensées, parce qu’il est une image de la grandeur d’âme. » Encyclopédie 1966-1995, t. 15, 191.

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