AGAPES FRANCOPHONES 2017

Estelle VARIOT Aix Marseille Univ, CAER, Aix-en-Provence, France _____________________________________________________________ 452 la présence de l’apostrophe qui alerte le lecteur ( Cela n’a pas d’importance. Mais j’ose à peine vous dire que vous ne me dérangez pas [82]). La marque d’élision relève d’un processus de la langue française, en l’occurrence qui, pour des raisons d’euphonie et d’harmonie, requiert l’effacement d’une voyelle (souvent le - e final du mot précédant un mot qui commence lui-même par une voyelle ou un h -, dans un certain cas). Hormis cela, on note les signes diacritiques - ê -, en particulier qui traduisent l’évolution diachronique du français et témoignent de la chute d’un - s postérieur à une voyelle. Ces deux fragments constituent des traces vivantes de différentes tendances du genre théâtral qui se fondent sur un passé, fondé sur des règles qui ont régi son organisation, tout en lui permettant de s’adapter par un recours à divers procédés stylistiques et langagiers que nous avons mis en évidence, pour certains, supra . Ils font apparaître également une réalité intéressante selon laquelle le langage existe aussi par le fait qu’il suppose l’émission de sons distincts et présentant des valeurs sémantiques ainsi que des connotations, à l’oral ; et des normes de fonctionnement encore plus contraignantes, à l’écrit. Celles-ci évoluent par étapes et en tenant compte de l’usage et de l’économie phonétique. Ces fragments témoignent de points communs entre ces deux langues romanes qui se distinguent, néanmoins, par leur substrat spécifique qui entraîne des adaptations différentes, phonétiques, morphologiques et sémantiques. Les deux fragments choisis illustrent aussi, nous semble-t-il, des cas où le silence qu’il soit volontaire ou imposé, se faufile dans une conversation et, de manière plus générale, se mêle à la pensée, de manière à mettre du relief dans l’expression et humaniser nos relations avec les autres, en témoignant des doutes, questionnements et autres états d’âme auxquels nous sommes en proie. Par différents procédés techniques et stylistique, il aide la langue à faire état de variétés dans la langue ou, de manière plus évolutive, de tendances générales de celle-ci, en régulant ses processus d’adaptation en fonction du contexte environnant qui se trouve en constant changement et contact avec d’autres formes de langage. Le silence est le témoin des modifications temporelles du langage, par l’accumulation dans le lexique et la morphologie, de procédés visant à intégrer les nouvelles connaissances par pauses, hésitations et retours en arrière. Il suscite également un intérêt particulier par son caractère double puisqu’il renvoie, de prime à abord, à une absence de communication ou à un empêchement à son accomplissement, avant d’en parfaire les contours et de revenir à notre essence. Dans une large mesure, le silence se fait l’écho des origines de la création du langage puisque ce dernier est issu de la pensée. Louis Lavelle va plus loin en disant que « Le silence est un hommage que la parole rend à l’esprit » 5 Cependant, l’on est amené à se demander à nouveau, à ce stade, ce qui précède la pensée elle-même, le néant ou le chaos étant d’autres équivalents du silence. Ceci revient au questionnement de l’homme et de sa destinée qui consiste à tenter d’aller toujours plus loin dans ses tentatives visant à percer les secrets de l’univers et qui justifie aussi notre existence. 5 Lavelle, Louis, La parole et l’écriture , Paris, Éditions du félin, 2005, 133.

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