AGAPES FRANCOPHONES 2017
Le silence, entre oubli et choix, autant de clefs dans l’évolution des langues _____________________________________________________________ 451 des émotions fortes qui les dépassent ( le cœur fermé […] toute nouée sur sa chaise [81]. On peut noter aussi certaines descriptions empreintes de poésie, en particulier, celle de l’automne (« Un deuxième printemps, où toutes les feuilles sont comme des fleurs. » [87]) Il est également dû à l’enchaînement des dialogues et des actions qui mettent l’accent sur l’aspect brusque ou les hésitations, ainsi que sur les tentatives de reprendre la discussion (« MARTHA, doucement . Quant aux soirs, monsieur ? »). Le langage est lui-même d’un niveau distinct, révélant une différence première de condition entre les personnages ([…] Mais j’ose à peine vous dire que vous ne me dérangez pas [82] ou sur les gestes et occupations des uns et des autres qui entrecoupent le dialogue et qui, de fait, créent des pauses ( Il se détourne et regarde par la fenêtre. Elle l’examine. Il a toujours le dos tourné. Elle parle en travaillant [82]). Cette différence sera palliée par une adaptation au niveau de langue de l’autre ( Vous êtes très indulgent. Je me félicite que les nombreuses imperfections de notre auberge vous soient indulgentes. J’en connais d’autres qu’elles auraient suffi à chasser [83)]. D’autres phrases suggèrent des indécisions qui sont, elles aussi, à l’origine de ruptures ou de fragmentations dans la continuité des dialogues (« MARTHA : Ce n’est pas tout à fait ma pensée ( Prenant une décision .) Mais il est vrai que ma mère et moi hésitions beaucoup à vous recevoir. » [84]). On remarque, par ailleurs, la présence d’une atmosphère quelque peu lourde, faisant alterner, dans des scènes non vraisemblables de la vie courante (en lien avec l’absurde), l’humanité et l’instinct de survie, et une tendance, pour Jan, à désamorcer toute tentative visant à générer des conflits (88). Ce contexte est mis en évidence également par ces blancs et ces silences qui parsèment toute la scène et par un jeu des acteurs qui sont à la limite de ne pas se comprendre (« Jan, lentement . Votre langage est bien étrange [….] » [89] ; « MARTHA : Peut-être est-ce seulement que vous vous y conduisez de façon étrange » [90]). Le langage même, tel qu’il est employé suscite des hésitations chez le lecteur par ses possibles double sens et donc par la valeur sémantique augmentée qui est accordée aux mots (Non, le vieux domestique a quelquefois des distractions [82]). Parfois, le jeu des acteurs et leurs propres interrogations nous poussent à nous interroger et, de ce fait, à accomplir une pause dans le cheminement de la scène ( Vous vous trompez sans doute [88] ; Votre langage est bien étrange [89] ; Malgré nos conventions, laissez-moi vous dire que vous êtes singulière [83]). On peut noter aussi la présence d’un nombre important de métaphores : […] Mais leur cœur ressemble à cette rose avare (87) ; […] Un deuxième printemps, où toutes les feuilles sont comme des fleurs […] Peut-être en est-il ainsi des êtres que vous verriez fleurir […] ; l’automne a le visage du printemps (87) etc. À certains moments, le champ lexical du silence apparaît dans ce texte aussi, faisant alterner pauses et reprises : Un temps (85) ; Un temps, puis, sourdement (86) ; Un silence. Il la regarde avec de plus en plus de curiosité. Elle s’en aperçoit et se lève brusquement (87) ; Il la regarde un moment en silence (89) ; Il s’est avancé vers la sonnette. Il hésite, puis il sonne. On n’entend rien. Un moment de silence, des pas, on frappe un cou La porte s’ouvre. Dans l’encadrement, se tient le vieux domestique. Il reste immobile et silencieux (91) ; […] Ce sont les seuls signes de vie. Quant aux soirs … (86]). D’un point de vue morphologique, on note aussi l’existence d’élisions et
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