AGAPES FRANCOPHONES 2017

Estelle VARIOT Aix Marseille Univ, CAER, Aix-en-Provence, France _____________________________________________________________ 450 contient un nombre important de signes de ponctuation tels que les tirets et, en nombre important, les points de suspension ; à d’autres moments, on note une succession de points d’interrogation qui suscitent de manière indirecte la réflexion et, ce faisant, une pause dans le dialogue. Par ailleurs, l’on note une alternance dans le style entre des phrases courtes et d’autres beaucoup plus longues, renforcées par des descriptions du mobilier, avant de s’attarder sur les personnages principaux que représentent Roxana et Maria. La description des attitudes et des personnages, assortie de double points, ainsi que des situations, se poursuit, y compris durant la scène 1,ce qui contribue à rallonger, en première intention, la lecture et, en seconde, le jeu des acteurs, pour peu que la mise en scène suive la transcription scénique préconisée par l’auteur ( se ridică, şi, în fine, se explică [61]). Les gestes et mimiques ( arătând masa ; încercând să zâmbească) ralentissent également la fluidité des discussions. Un autre moyen de générer le silence consiste à utiliser des mots spécifiques à cette notion ( tace cu încăpăţânare [59 ; 62] ; ascultă, ce e cu tine ? […] de ce nu vrei să vezi pe nimeni ? [59]), y compris en reprenant certaines portions de phrases à plusieurs moments de la scène (59, Roxana : ce e cu tine ? […] de ce nu vrei să vezi pe nimeni ? en haut et en bas de page). Du point de vue grammatical, les silences sont représentés par des tournures spécifiques tendant à l’économie linguistique, en particulier avec des phrases sans verbe ( Un budoar, nu lipsit de stil [58] et par l’impossibilité même, pour Maria, de s’exprimer davantage car le personnage est submergé par ses émotions ( Nu pot vorbi… Nu pot să ascult pe nimeni… Te rog, du-te . [59]). Certains mots témoignent de l’évolution même de la langue dans les domaines phonétique et morphologique, par des emprunts oraux au français par exemple, se traduisant par des chutes de lettres ou par des adaptations de certains sons, voyelles, consonnes, diphtongues etc. ( budoar [58] <fr. boudoir ; canapea <fr. canapé ) ; on note aussi la présence de diminutifs ( măsuţă > masă + suffixe diminutif - uţă : élision du - ă de masă ). Certains termes témoignent d’une évolution morphologique et sémantique spre < lat. super ; n-am : contraction de nu am ; idem pour n-ai : nu ai ; d’autres résultent d’une volonté de raccourcir les formes, en particulier dans le langage courant, voire familier : e forme courte pour este (59). Dans le second fragment, extrait de Le malentendu , l’on note d’emblée que le titre suscite une hésitation car il annonce la possibilité de situations présentant des quiproquos ou d’autres difficultés de compréhension qui sont susceptibles de ralentir le débit du langage ou d’entraîner des échanges supplémentaires, de manière à avoir davantage d’explicitations. Le style est tout à fait différent, avec des phrases courtes et des descriptions de situations et de gestuelle qui, en peu de mots, précisent la pensée ou l’attitude des personnages. Le silence revêt là certains aspects que l’on avait déjà trouvé dans le fragment de Camil Petrescu, en particulier, des signes de ponctuations tels que les points de suspension, en plus des habituels points, virgules et points virgules. On remarque également une succession d’interrogations séparées par des virgules ; et un seul point d’interrogation (81). Certaines phrases sont coupées et réduisent l’expression au… silence, en jouant sur les sensations ressenties, toujours à la page 81. Le silence est induit par l’atmosphère générée par l’auteur, en particulier au travers des dialogues qui traduisent des états d’âmes et des acteurs en proie à

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