AGAPES FRANCOPHONES 2017
_ ____________________________________________________________ 497 Paris : « la ville aux cent mille romans » 1 . Le roman aux cent mille facettes : le roman épistolaire Andrzej RABSZTYN, L’Hybridité du roman français à la première personne (1780-1820), Wydawnictwo Uniwersytetu Śląskiego, Katowice, 2017, ISBN 978- 83-226-3167-6, 242 pages. S’occuper de la missive ou de la lettre d’amour et du roman épistolaire en pleine époque du Facebook et des SMS ou des MMS dévoile une audace outre mesure, car la lettre est devenue de nos jours, malheureusement, un objet à admirer dans un musée. Andrzej Rabsztyn fait dans son ouvrage un kaléidoscope de la lettre (entendons que celle-ci est un spectacle pluriel) en nous montrant sa multiplicité foisonnante, une vraie machinerie romanesque. Si le roman épistolaire ou le roman-mémoires témoigne des expériences non fictives, alors ce type d’écritures, fictives pourtant, portent-elles sur l’illusion d’authenticité ? Nous allons en voir plus loin les réponses. La première de couverture figure des pages de lettres, soigneusement remplies, c’est le signe que l’expéditeur(e) a d’ores et déjà fait sa confidence écrite, mais le doute s’empare de lui/d’elle : l’envoyer ou bien ne pas l’envoyer ? Surprend, par contre, la tenue noire de la couverture, par son aspect peut-être trop sombre et retenu. La lettre porteuse de nouvelles (bonnes ou mauvaises, amoureuses ou politiques, courtes ou longues, émues ou sèches, etc.), organisée en roman, et la confession produite en prose sont le sujet de cet ouvrage critique bien articulé d’Andrzej Rabsztyn. Le chapitre qui ouvre la première partie fixe le seuil temporel (autour de 1800) de la parution des romans qui entrent dans la démarche critique ; il passe ensuite en revue les dénominations servant à désigner l’époque en question où le roman français à la première personne retrace son chemin si riche et si productif. Nombreuses sont les notions qui la désignent, car cette « mouvance » littéraire et esthétique est marquée par des mutations, continuités et séries prévisibles qui correspondent à l’horizon d’attente du public. La forme littéraire hybride ou de métissage des genres originels (p.40) est synonyme, au moins partiellement, à des maints syntagmes : « croisement de variété » ; « éléments distincts réunis en un tout neuf » ; « superposition des structures différentes dans un même espace textuel » ; « zone de l’entre-deux » ; une palette terminologique riche qui pourrait être subsumée à l’aide de la maxime latine Non nova, sed nove (à savoir, pas de choses nouvelles, mais organisées différemment). La deuxième partie de l’ouvrage est consacrée en entier au discours péritextuel, à sa poétique et à ses formes d’expression ; nous trouvons que cette insistance est justifiée par le fait que, dans la pratique romanesque le discours préfacier est doublement valorisé par l’écrivain : sémantiquement et pragmatiquement. Au-delà de la formule « ceci n’est pas un roman », le péritexte signifie le rejet volontaire de la fiction et acquiert la valeur ; par cela, il fait la preuve de son hybridité, car il se veut une réflexion sur le roman, donc un méta- texte. Le paradoxe péritextuel (illustré dans le roman L’Histoire de Madame de Montbrillant de Louise d’Épinay, p. 106) et le jeu péritextuel (analysé dans le 1 Honoré de Balzac, Ferragus, La Comédie humaine , Paris, Gallimard, 1976, tome V, p. 795.
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