AGAPES FRANCOPHONES 2017
_____________________________________________________________ 498 roman La Vie de Marianne de Marivaux, p.99) reposent-ils sur ce méta-texte qui définit en même temps la communication littéraire au-delà du roman ? Oui, dit Andrzej Rabsztyn, mais nous y ajoutons la remarque que la focalisation employée par l’écrivain aurait mérité un examen supplémentaire dans cette partie, puisque les voix narratives dont l’analyse est très bien conduite dans ces deux chapitres, reposent sur les types de focalisation, à savoir sur le point de vue de ceux qui narrent par l’intermédiaire de la lettre. Quand Michaïl Bakhtine (en 1978) s’attardait sur les genres intercalaires tout comme sur les genres extra-littéraires, il touchait indirectement à la construction romanesque hybride, en attirant l’attention des critiques sur les différents types de chronotopes engendrés par ce choix de l’écrivain. On voit bien que les théories critiques de Bakhtine sont, pour le livre d’Andrzej Rabsztyn, le fondement et le point de départ dans son but de les expliciter par des romans préromantiques et romantiques écrits à la première personne. Définir le roman « hybride » n’est pas une démarche critique facile, car il incorpore des formes, des styles et des modes de discours divers, tout comme il est difficile de mesurer l’impact du roman « multigenre », à savoir traiter de la théorie de la réception à l’époque, quelle que soit. Quels sont les signes selon lesquels on range un roman dans la catégorie des « hybrides » est la question-clé du deuxième chapitre de l’ouvrage. Et l’auteur de répondre : 1. la pluralité des voix ou l’enjeu du jeu des « je », à savoir la multitude des « moi » (hybridité énonciative) ; 2. la forme des textes (hybridité textuelle) ; 3. le rôle des locuteurs, c’est-à-dire les formes dialogiques variées, émises par des personnages (hybridité de forme) ; 4. le mélange des langages sociaux (des langages correspondants au plurilinguisme). Un 5 e critère aurait pu être pris en discussion : l’hybridité temporelle, vu que ce type d’hybridité est étroitement liée (une conséquence même) à l’hybridité énonciative, par les types de temps qui engendrent la pluralité des « je ». Ce serait juste une suggestion, un point de vue à nous, mais pas nécessairement obligatoire ; cela ne diminue aucunement la démarche critique soigneusement conduite, ni les conclusions pertinemment synthétisées par notre collègue polonais, un spécialiste chevronné en narratologie, comme le démontre le présent ouvrage. Tous ces types d’hybridité sont illustrés par l’analyse des romans de Diderot, de Marivaux et de Madame d’Épinay : l’hybridité de forme est suivie dans la seconde partie du chapitre, tandis que l’interférence des formes discursives est détaillée dans le troisième chapitre de cette première partie de l’ouvrage. La forme la plus appropriée du roman sentimental est, au tournant des Lumières, le schéma épistolaire, préféré aux autres espèces narratives par son voisinage, sinon jumelage, avec d’autres genres littéraires et par sa souplesse esthétique dans le but toujours manifeste de l’écrivain, de peindre les états d’âme. Dans le chapitre dédié au roman sentimental (le 3 e de la III e partie) Andrzej Rabsztyn a raison lorsqu’il apprécie que « [...] la confusion des catégories thématiques diverses au sein du roman prête à l’hybridité du genre romanesque. » (p.171) Au fur et à mesure que la démonstration de cette hypothèse avance, le chapitre en devient une dense explicitation soutenue par des exemples concernant la construction de l’intrigue amoureuse dans des
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