AGAPES FRANCOPHONES 2017

_ ____________________________________________________________ 499 romans tels que : La Dot de Suzette (Joseph Fiévée), L’Émigré (Sénac de Meilhan), Adèle de Sénange (Madame de Souza), Valérie (Madame de Krüdener), Claire d’Albe (Madame Cottin), etc. Un vrai plaisir de lecture faite le crayon à la main sur un sujet (l’amour) presque illimité, cultivé avec prédilection par les femmes, mais, ici, analysé magistralement par un homme. Une attention particulière est prêtée au roman de libertinage ou de « bonne compagnie », situé, selon la critique, au passage de la littérature licencieuse à la littérature de séduction (p.178). L’emploi de la première personne dans ce type de roman assure des sensations fortes aux lecteurs qui ont beau découvrir un état de tension et, ce faisant, une certaine complicité ou participation active s’installe au niveau du pacte fictionnel : auteur et lecteur s’engagent ensemble dans une remémoration des plaisirs peut-être coupables ou interdits, mais, de toute façon, voluptueux. Mais le sous-entendu de ce libelle pornographique est la satire et l’accusation indirecte diffamatoire relevant des délits qui concernent notamment la reine Marie-Antoinette, l’Autrichienne, et des nobles. Au-delà de présenter des situations obscènes ou des scènes de débauche et de prodigalité, ces histoires lubriques accablent la reine et les aristocrates par des vices impardonnables pour la morale catholique, en dévoilant leur dégradation morale. Andrzej Rabsztyn voit juste lorsqu’il note que ce type de roman manque d’intrigue proprement dite, qu’il est plutôt prévisible que séduisant ; ce qui intrigue vraiment est la technique romanesque et, par cela, il tient à l’hybridité. Du point de vue du contenu les romans de libertinage se proposent de « [...] fustiger les membres de la famille royale en se situant du côté de la propagande politique qui jouent sur les sentiments de la société. » (p.189) Et pour cause. N’ayant pas d’arrière-pensées pour attaquer des problèmes controversés, de vrais nœuds gordiens, Rabsztyn le fait dans le chapitre portant sur Aline et Valcour de Sade où il essaie de mettre de l’ordre dans la catégorie esthétique de « l’in-classifiable », car le roman en question est une forme hybride qui échappe à toute « tentative de classification » (p.196) Dans ce cas-ci, l’hybridité bouleverse le pacte épistolaire, car elle prend la forme du récit rétrospectif, à savoir le roman-mémoires. C’est une écriture bilancielle qui prend pour prétexte le voyage, permettant ainsi à Sade de « présenter différents systèmes politiques et les valeurs aussi diverses que la tolérance et le despotisme [...]. » (p.200) Les notes d’en bas de page, riches et moult explicatives, contiennent parfois des idées qui mériteraient une place dans le texte du chapitre ; elles y seraient mieux justifiées, car elles sont étroitement liées à la démonstration entreprise le long du chapitre. La succession des études par parties et chapitres, dont la numérotation recommence chaque fois par 1, présente cet inconvénient que le lecteur a l’impression de se trouver devant des contenus trop fragmentés. Une organisation coursive de la matière du volume (c’est-à-dire numéroter les chapitres de 1 à 11) aurait pu souligner une fois de plus la cohérence évidente de l’étude. En revanche, l’absence des sous-divisions thématiques (à savoir les grands thèmes romanesques) nous engage à découvrir, petit à petit, la configuration d’un éventail de notions sur un plan plus étendu et plus riche de sens, de saisir l’interférence des domaines (histoire littéraire, narratologie, esthétique, herméneutique littéraire), les contiguïtés, les échanges interdisciplinaires (histoire, philosophie, littérature au tournant des Lumières).

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