AGAPES FRANCOPHONES 2017

Quand le silence prend la parole. Typologie des silences dans l’œuvre d’Albert Camus BETÁK Patrícia Université Eötvös Loránd de Budapest, Hongrie Résumé. Silence. Trop souvent nous identifions ce terme avec une simple absence de bruits. Certes, le silence peut apparaître comme un espace de repos ou un moment pour faire le vide, cependant il peut être également interprété en tant que frontière. Le silence peut apparaître comme pendant de la parole, mais peut être également interprété indépendamment de la parole, comme phénomène précédant la parole, interrompant la parole, complétant la parole, empêchant la parole, suivant la parole, existant parallèlement à la parole ou comme phénomène trouvant son épanouissement dans celle- ci. Pour illustrer cette complexité, nous recourons à l’analyse de l’œuvre d’Albert Camus ayant comme source le ‘silence de genèse’, (le silence maternel que l’auteur connaît lors de son enfance), silence qui se traduit par une complexité inouïe du concept de silence dans son œuvre: silence de genèse, silence vécu, silence épistolaire, silence de la non- communication, silence confessionnel, silence imposé précédant la révolte. Abstract. Silence. All too often, we identify this concept simply as a lack of noises. No doubt, the term ‘silence’ may refer to a moment of rest, a kind of soothing pause, but it can also be seen as a boundary. Silence may be the antagonist of speech, but could also be interpreted independently of speech; it may precede, interrupt, complement, prevent, follow or exist parallel to, and even fulfil its potential as a part of speech. We intend to describe this complexity through an analysis of the works of Albert Camus, where this complexity stems from the so-called ‘silence of genesis’ (the maternal silence experienced by the author during his childhood years), resulting in a remarkably complex concept of silence in his work: the silence of genesis, experienced silence, the silence of correspondence, silence as a lack of communication, the silence of confession and the silence before rebellion.. Mots-clés : silence de genèse, silence maternel, acte de parole, acte de création, typologie Keywords : silence of genesis, maternal silence, act of speech, creation process, typology Introduction 1957 : Albert Camus, l’un des plus grands penseurs, écrivains, humanistes et philosophes de son siècle, est récompensé par le Prix Nobel de littérature « pour son importante œuvre littéraire qui met en lumière les problèmes se posant de nos jours à la conscience humaine ». Rappelons d’emblée que 44 ans plus tôt, ce même Albert Camus voyait le jour en tant que fils d’une famille algéroise pauvre et illettrée, il devient orphelin de père avant l’âge d’un an, et sera, par la suite, élevé dans un entourage imprégné du silence général de la mère (mi-sourde et mutique en raison d’une maladie mal soignée, ainsi que du traumatisme causé par la perte de son époux). La question à laquelle nous nous intéressons est de savoir comment Albert Camus, originaire d’un milieu aussi défavorable, marqué par un silence général, sans être en mesure de nouer, lors de ses années d’enfance, une relation satisfaisante avec le langage, devient l’une des plus grandes figures de notre littérature contemporaine. Pour ce faire, nous nous intéressons aux conditions de la rupture du silence qui entoure l’auteur dès ses primes années. Peut-elle

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