AGAPES FRANCOPHONES 2017
BETÁK Patrícia Université Eötvös Loránd de Budapest, Hongrie _____________________________________________________________ 54 s’expliquer par l’enchaînement aléatoire des événements de sa vie ? Révèle-t-elle d’une impérieuse nécessité intérieure ? Sommes-nous amenés à la considérer comme moyen de combat de l’auteur pour sortir de l’empire de ce silence ? Qu’en dit l’auteur lui-même ? Selon l’interprétation des auteurs de Pourquoi Camus ? , c’est par l’écriture que Camus arrivera à vaincre ce silence : « Ce silence qui fascine tant Camus et lui renvoie l’image de sa mère, il va le vaincre par l’écriture, oralité du langage […]. » (254) 1. Le silence de genèse Le point de départ de notre analyse est le silence maternel ( silence de genèse ), puisque ce silence définit l’enfance 1 , la vie, et par conséquent toute l’œuvre d’Albert Camus, ainsi qu’il s’avère décisif du point de vue de l’épanouissement de son activité créatrice. Le spécialiste Alain Costes évoque l’idée « d’une mère figée […] dont la silhouette hantera […] toute l’œuvre de Camus ». (Costes 1973, 54) En ce qui concerne l’ensemble des facteurs autobiographiques qui, a priori, rendraient difficile l’épanouissement d’une force créatrice chez l’auteur, nous identifions, à part bien d’autres facteurs comme la misère, le manque de soutien familial, la tuberculose, le sentiment d’exil et la perception de son origine algéroise à Paris, le manque de communication général au sein de la famille. Il n’est donc pas surprenant qu’un des éléments récurrents camusiens, à part bien d’autres comme l’amour, le soleil, la mer, la lumière, la conscience parlante, l’innocence, la liberté, la justice, la révolte, le meurtre, le suicide, la pauvreté, l’exil, la quête du père soit le silence de la mère, ainsi que le silence en général. 2. Le silence et la création Quel est le rapport du silence avec l’acte de création en général ? Comment le silence s’inscrit-il dans le processus de la création ? Pour répondre à cette question, il est important de préciser les différentes étapes de la création. Pour ce faire, nous nous basons sur les théories de Zoltán Kováry (2013), expert hongrois de la pensée créative. Nous partons de la supposition que le silence trouve son épanouissement dans la parole, véhiculée dans l’acte de création. La création trouve son origine dans la période de l’observation et de la réflexion , s’organisant entièrement autour du silence. Lors de ces deux phases, les écrivains prennent des notes, les peintres tracent des croquis, les compositeurs notent des morceaux de partition pour recueillir leurs idées susceptibles de servir de points de départ pour tout acte de création. Albert Camus avait ses Carnets 2 . 1 lat. infans « celui qui ne parle pas. » 2 Les Carnets peuvent être considérés comme son principal instrument de travail, et comme matière première de ses œuvres. Ils contiennent ses impressions, ses réflexions, ses lectures, la minutieuse description des faits réels, des faits divers, des références historiques et des histoires imaginaires, la description des scènes quotidiennes, des citations, des indications pour élaborer ses futurs travaux, des pistes à explorer pour des futures lectures ou relectures, des idées à développer, des dialogues complets, des lettres imaginaires adressées à des personnages réels ou fictifs rédigées dans le but d’exprimer
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