AGAPES FRANCOPHONES 2017

Quand le silence prend la parole. Typologie des silences dans l’œuvre d’Albert Camus _____________________________________________________________ 55 Le silence de la période de l’observation et de la réflexion sert à créer un moment de repos et donne lieu au recueillement et au rassemblement des idées pour créer la ligne directrice des œuvres naissantes. Dans un deuxième temps vient la période de l’incubation . Cette phase s’organise également autour du silence et précède la création, autrement dit le déclenchement de la parole. Lors d’une troisième étape, la révélation prend le relais de l’incubation. La révélation a lieu au moment où les différentes idées arrivent à former un ensemble si compact que les idées reliées entre elles composant l’ensemble surgissent inévitablement à la surface, autrement dit, les éléments demeurant jusque-là au niveau du subconscient deviennent conscients. La révélation est suivie de l’exécution , c’est-à-dire la période de la création, le travail effectif, « une longue peine » selon Albert Camus. ( L’Envers et l’Endroit 35) Le processus de création arrive à sa fin au moment où l’ouvrage sous sa forme brute voit le jour. 3. La résilience et la création En reprenant l’analyse de départ sur la typologie de silences chez Albert Camus, nous réaffirmons l’importance accordée au silence maternel chez l’auteur. Nous connaissons le point de départ, mais quel serait le chemin ? C’est à ce moment que nous incluons dans notre réflexion le concept de la résilience , et ceci dans le but de démontrer que le processus de création doit être considéré comme un véritable processus d’auto-guérison chez Albert Camus, permettant justement de « réparer le silence angoissant de ses premiers âges ». (Castillo 2013, 9) C’est grâce au processus de la résilience, grâce aux tuteurs de résilience 3 ayant fortement catalysé la naissance de sa force créatrice qu’il arrive à franchir les premiers pas vers la parole (la création). Nous nous basons sur la théorie de Boris Cyrulnik sur la résilience. 4. Le silence chez Albert Camus L’analyse approfondie de l’œuvre camusienne nous montre la place centrale du silence en tant que phénomène à double face dans les créations artistiques de l’auteur. Il est intéressant d’observer que les personnages de l’univers camusien, presque sans exception, ont trait au silence (dans leur grande majorité au silence lié à la solitude) : qu’il s’agisse de Daru et de l’Arabe, personnages principaux de « L’Hôte » de L’Exil et le Royaume qui communiquent sans parole puisqu’ils ne parlent pas la même langue ; qu’il s’agisse de Clamence, narrateur de La Chute qui parle tout seul, avec un interlocuteur imaginé ou avec sa propre conscience ; qu’il s’agisse de Joseph le Grand de La Peste qui se voit dans l’incapacité de s’exprimer, par conséquent occupe le même emploi depuis vingt ans ; du silence imperméable de Meursault qui le transforme en étranger aux yeux de la société; du silence du texte intitulé Les Muets qui met en scène le silence de la colère et de l’impuissance qui fait mal ; sans oublier le silence de La Peste observé sous un autre angle, un roman dans ses opinions, des questions qu’il se pose et auxquelles il cherche constamment la réponse, ainsi que des passages entiers de ses œuvres publiées ultérieurement. 3 À noter que ce ne sont pas forcément des personnes, mais peuvent être des personnages fictifs, un personnage littéraire, des conditions favorables, voire une institution.

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