AGAPES FRANCOPHONES 2017

Silence(s) chez J.-M.G. Le Clézio et Henri Bosco. Du silence de l’espace au silence intérieur des êtres _____________________________________________________________ 81 que les bruits, il les avale, et tout se vide et s’anéantit autour de nous. » (CO 77), continuant même après la tempête : « Puis le vent est tombé, d’un seul coup, et il a eu de nouveau un grand silence autour de nous. » (CO 80) Nous pourrions clore que le silence qui précède l’orage, de même que celui qui le suit, font partie intégrante du phénomène, tout comme le silence initial et le silence terminal dont parle Jankélévitch dans La musique et l’Ineffable , silences qui appartiennent au discours musical, comme étant son alpha et son oméga (1983, 169). Conclusion Le texte leclézien, tout aussi comme le texte boscien, ouvre la voie vers un chemin romanesque pavé de silences que le lecteur doit emprunter afin de mener à bon port sa démarche. Par ce faire, il ne peut aucunement rester insensible au « bourdonnement du silence » (Levinas 49) peuplant les deux romans. Qu’il s’agisse des silences internes tels que le silence heureux de l’enfance ou du silence éloquent de l’amitié, ou bien du silence externe de la nature, il y a toujours un message à transmettre, visible aux yeux de celui qui cherche, audible pour celui qui y prête une oreille attentive. L’absence de la parole ou du bruit peut, par conséquent, être tout aussi parlante et signifiante qu’un déluge verbal, tandis que le silence absolu, foncièrement a-communicatif ne peut exister, ni dans la nature, ni dans le refus de l’êtrede communiquer. Bibliographie Textes de référence Bosco, Henri, Malicroix , Paris, Gallimard, 1973 [1946]. Le Clézio, Jean-Marie Gustave, Le Chercheur d’or , Paris, Gallimard, 1985. Pascal, Blaise, Discours sur les passions de l’Amour , Paris, Bernard Grasset, 1911 [1652- 1653]. Proust, Marcel, Du côté de chez Swann , Paris, Gallimard, tome I, p.45, 1966 [1913]. Ouvrages critiques Bachelard, Gaston, La poétique de l’espace , Paris, Quadriage, 1994 [1957]. Cauvin, Jean-Pierre, Henry Bosco et la poétique du sacré , Paris, Éd. Klincksieck, 1974. Corbin, Alain, Histoire du silence de la Renaissance à nos jours , Paris, Albin Michel, 2016. Henky, Danièle, L’art de la fugue en littérature de jeunesse : Giono, Bosco, Le Clézio, maîtres de l’école buissonnière , Collection Recherches en littérature et spiritualité, Berne, Peter Lang, 2004. Jankélévitch, Vladimir, La musique et l’ineffable , Paris, Gallimard, 1983. Levinas, Emmanuel, Autrement qu’être au-delà de l’essence , Hague, Martinus Nijhoff, 1974. Merleau-Ponty, Maurice, Signes , Paris, Gallimard, 1960. Merleau-Ponty, Maurice, Le visible et l’invisible , Paris, Gallimard, 1964. Michel, Jacqueline, Une mise en récit du silence , Paris, Librairie José Corti, 1986. Penrod, Lynn, « Bosco and Le Clézio : Elemental Initiations », Mosaic : A Journal for the Interdisciplinary Study of Literature , 2001, vol. n o 34, p.103-115.

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