AGAPES FRANCOPHONES 2017

A lexandra DĂRĂU-ȘTEFAN Université Babeș-Bolyai Cluj-Napoca, Roumanie _____________________________________________________________ 80 humaines et ayant la force de se défendre contre des forces adverses. Martial vit son nouveau coin du monde, hérité de son grand-oncle, « dans sa réalité et dans sa virtualité, par la pensée et les songes. » (Bachelard 1994, 25) Les souvenirs de la maison d’enfance des Mégremut reviennent au personnage en investissant la nouvelle demeure d’une force protectrice qui tient tous les dangers à distance. La limite entre le monde réel et le monde onirique est affinée, voire gommée par l’intermédiaire d’un personnage-narrateur qui, dans un état de semi-conscience, entre sommeil et réveil, devient, à son insu, l’observateur d’une terrible tempête qui s’abat sur La Redousse. Le récit boscien surprend le génie du lieu luttant de toutes ses forces afin de sauver la vieille maison de Malicroix : La maison luttait bravement. Elle se plaignit tout d’abord ; les pires souffles l’attaquèrent de tous les côtés à la fois, avec une haine distincte et de tels hurlements de rage que, par moments, je frissonnais de peur. Mais elle tint. Dès le début de la tempête des vents hargneux avaient pris le toit à partie. On essaya de l’arracher, de lui casser les reins, de le mettre en lambeaux, de l’aspirer. Mais il bomba le dos et s’accrocha à sa vieille charpente. […] La maison se serra contre moi, comme une louve, et par moments je sentais son odeur descendre maternellement jusque dans mon cœur. Ce fut, cette nuit-là, vraiment ma mère. (M 133-134) La Redousse, facilement associable à une redoute, non seulement grâce à la ressemblance phonétique qui existe entre les deux mots, mais aussi grâce à l’image qu’elle se forge après avoir résisté à la tempête, est tout ce que la maison du Boucan n’est pas. Celle-ci se montre frêle, sans défense, aisément destructible par la nature sauvage qui se déchaîne. La petite demeure de campagne n’a pas la force de résister, de lutter, de se serrer contre ses habitants pour les protéger. Les caractéristiques de cette maison ressortent des faiblesses spécifiques humaines, tandis que le côté maternel, affectif que La Redousse avait développé lui est totalement étranger. Devant le spectacle violent de la nature qui prend des proportions cosmiques en détruisant irrémédiablement la maison, Alexis et sa famille se montrent impuissants: Dans un bruit de tonnerre, il arrache un arbre qui écrase la façade sud de la maison, l’éventre. Nous entendons le bruit de la varangue qui s’écroule. […] Le vent entre par la brèche comme un animal furieux et invisible, et pendant un instant, j’ai l’impression que le ciel est descendu sur la maison pour l’écraser. J’entends le fracas des meubles qui s’écroulent, des fenêtres qui se brisent. […] Les volets sont fermés, mais malgré cela le vent a brisé les vitres et l’eau de l’ouragan coule sur le parquet, sur le bureau, sur les livres et les papiers de notre père. […] Le bruit du vent est rauque, aigu, et je sens les murs de la maison qui tremblent. Des morceaux de bois se détachent de la varangue, les bardeaux sont arrachés du toit. (CO 78-79) Si dans Malicroix le silence de la nature est troublé par la tempête, dans Le Chercheur d’or , un silence accompagne l’ouragan dès le début jusqu’à la fin. Ainsi, il existe un silence avant l’orage : « Au début, il n’y a pas de vent. Tous ces bruits sont suspendus, comme si les montagnes retenaient le souffle. C’est cela aussi qui fait battre mon cœur, ce silence qui vide le ciel, qui fige tout. » (CO 72), qui se propage ensuite au beau milieu du phénomène : « Le silence est plus fort

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