AGAPES FRANCOPHONES 2021

L’exil entre histoire individuelle et Histoire collective. Sylvie Germain, Le vent reprend ses tours Roxana MAXIMILEAN Université « Babeș-Bolyai », Cluj-Napoca roxana.maximilean@gmail.com Résumé. Le roman Le vent reprend ses tours retrace l’histoire d’une amitié entre un saltimbanque roumain exilé à Paris vers la fin des années soixante, Gavril, et un garçon négligé par sa famille, Nathan. L’itinéraire géographique correspond à un parcours intérieur, à une quête troublante de soi et de Dieu. Ainsi, du destin de Gavril découle un questionnement sur la construction de la thématique de l’exil. D’abord, le rapport entre l’exil et la création littéraire, l’art ayant toujours chez Sylvie Germain un rôle consolateur. Ensuite, l’exil comme lien entre l’histoire individuelle et l’histoire collective. L’écrivaine se penche sur les plaies de l’histoire roumaine du dernier siècle : exterminations des Roms, déportations dans le Bărăgan, torture dans les prisons communistes. Puis, l’exil se trouve en rapport étroit avec la foi. Du pari de Pascal, au baptême de Nicolae Steinhardt dans la prison, l’écrivaine poursuit ses réflexions sur le silence de Dieu face au Mal. Mots-clés : exil, mémoire, histoire collective, Mal, Dieu. Abstract. (The Exile between Individual and Collective History. The Case of Sylvie Germain’s novel Le vent reprend ses tours ). The novel traces the story of a friendship between a Romanian entertainer exiled in Paris in the late 1960s, Gavril, and a boy neglected by his family, Nathan. The geographical route corresponds to an interior journey, to a deep quest for oneself and for God. Thus, from Gavril’s fate arises a questioning about the construction of the theme of exile. First, regarding the relationship between exile and literary creation, art always has a consoling role in Sylvie Germain’s work. Then, exile acts as a link between individual history and collective history. The writer examines the wounds of Romanian history of the last century: exterminations of the Roma, deportations in the Bărăgan, or torture in communist prisons. Then, the exile is found in close connection with the faith, from Pascal’s wager to Nicolae Steinhardt’s baptism in prison, the writer continues her reflections on God’s silence towards Evil. Keywords: exile, memory, collective history, Evil, God. 1. Introduction Sylvie Germain a été associée à Antigone (Germain 2002, 36), essayant à travers son écriture de créer une sépulture aux victimes de l’Histoire, aux marginaux, à ceux tombés dans l’oubli, dont la mémoire a été effacée par le passage d’un temps cruel et impatient : « En toute modestie il faut esquisser des tombeaux comme des nomades qui passent

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