AGAPES FRANCOPHONES 2021
Agapes Francophones 2021 110 dans le désert […] pour ceux qui n’ont pas eu de sépulture ou qui sont voués à l’oubli. » (Germain 2002, 37-38). Dans son pénultième roman, elle se penche sur l’histoire d’une amitié entre deux souffrants : d’un côté, Nathan, enfant malheureux qui vit avec une mère dépourvue d’affectivité ; de l’autre côté, Gavril, un Roumain exilé à Paris dans les années ‘60. L’épigraphe qui ouvre le roman Le vent reprend ses tours 1 est un passage de l’ Ecclésiaste qui éclaire le titre du livre : « Allant vers le Sud, tournant vers le Nord, tournant, tournant, va le vent, et le vent reprend ses tours. » (Ecclésiaste, 1,6). Le vent est un leitmotiv germanien, symbole de la présence divine. Sa source d’inspiration se trouve dans un épisode biblique capital pour l’œuvre de Sylvie Germain, celui d’Élie sur le mont Horeb : « Et devant l’Éternel, il y eut un vent fort et violent qui déchirait les montagnes et brisait les rochers. » (1 Rois 19,11). Élément de prédilection, le vent annonce une théophanie : « Dans le silence de Dieu, le vent demeure, comme un signe de sa présence, aussi multiple que ses manifestations changeantes, ouragan et tempête, mais aussi doux zéphyr, souffle devenu presque impalpable. » (Armel, 95). En plus, son écriture est décrite comme « pneumatique » (Goulet, 59), étant reliée au spirituel, à l’écoute du souffle, de l’inspiration et de l’esprit. Ainsi, elle a intitulé un long entretien dédié à la création de son œuvre et à sa vision du monde, Le Vent ne peut pas être mis en cage , explicitant le titre par ces mots : « Le vent apporte beaucoup de choses. Il peut être extrêmement destructeur, mais aussi extrêmement fécondant, fertilisant. C’est lui qui va charrier des pollens, des graines. On en a besoin pour la vie. Il est lié à la lumière. Le vent est une très belle image du temps qui passe et du langage. » (Germain 2002, 58). Une épigraphe tirée de l’Hymne 75 de Sorin Mărculescu, traducteur, poète et essayiste roumain ouvre la première partie du roman : « tu ne viens pas : tu es loin/est ton chant ici ou…/tu ne viens pas. Tu es seulement toi/le lointain de toi en toi ; ici le silence est ton autel… ». Deux indications sont fournies par la citation introductive. D’abord, l’origine du poète, témoignage clair de l’intérêt porté par Sylvie à l’héritage culturel de l’Europe de l’Est. Puis, la suggestion d’un possible thème du livre, récurrent chez l’écrivaine : l’absence. La lecture du roman confirmera la pertinence de l’épigraphe choisie. Sylvie Germain a habitué ses lecteurs à l’intérêt qu’elle porte à l’histoire est-européenne par ce qu’on appelle la série praguoise : La pleurante des rues de Prague , Éclats de sel et Immensités . Cette fois-ci, elle se penche sur l’histoire tourmentée d’un autre pays de l’Europe de l’Est, la Roumanie, tout en traçant le destin d’un artiste saltimbanque 1 Sylvie Germain, Le vent reprend ses tours , Paris, Albin Michel, 2019. Dorénavant noté par le sigle VRT, suivi du numéro de la page.
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