AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 117 toujours une lueur d’espoir. Devant ce silence accablant de la divinité, l’homme est tenté de nier son existence. Pourtant, Sylvie Germain choisit une autre voie, elle parie sur l’existence de Dieu à l’instar de Pascal : « Mais peut-être y a-t-il une autre voie moins tranchante et restrictive que celle de l’athéisme qui affirme absent à la place de Dieu et résout la question par un vide radical [...] repartir à l’aventure dans le mystère du silence de Dieu. » (Germain 2006, 23). Gavril ne nie donc pas l’existence de la divinité, pourtant, à la fin de sa vie, il fait un geste contradictoire, le paroxysme du désespoir, il se suicide en se jetant dans la Seine. Incontestablement, Gavril est porteur d’une « crypte » décrite par Nicolas Abraham et Mária Török (266) comme un deuil impossible à surmonter : « Tous les mots qui n’auront pu être dits, toutes les scènes qui n’auront pu être remémorées, toutes les larmes qui n’auront pu être versées, seront avalés, en même temps que le traumatisme, cause de la perte. Avalés et mis en conserve. Le deuil indicible installe à l’intérieur du sujet un caveau secret. » Gavril est un « gardien de cimetière » (Abraham, Török, 266) hanté par les « fantômes » de son passé : « La rumeur du Boug est montée, a grossi jusqu’à affluer dans la Seine. Gavril ne s’est pas jeté dans la Seine, mais dans les eaux du Boug. » (VRT, 118-119). Le Boug est une rivière où étaient jetés les corps des déportés morts en Transnistrie qui a engloutit aussi les membres de sa famille, sa mère et ses deux frères. Certainement, le geste radical de Gavril rappelle celui de Paul Celan et de Gherasim Luca, poètes chers à Sylvie Germain auxquels elle a voulu rendre hommage. Aussi Gavril rejoint-il Pauline de Nuit-d’Ambre ou Zélie de l’ Inaperçu , figures de la Chute (Ghițeanu, 235), qui refusent la vie et tombent dans le néant. Conclusion Dans Le vent reprend ses tours , l’exil peut être perçu comme une « échappée de la douleur », puisque le personnage s’enfuit du pays où il a tant souffert. Face à la douleur, le personnage germanien a plusieurs options : la lutte, la fuite ou l’inhibition de l’action (Dotan, 263). Gavril, dont le destin se heurte à l’ouragan de la macro-histoire, choisit de se réfugier à Paris probablement pour, d’un côté, guérir les plaies de son âme, de l’autre côté, garder la liberté de sa pensée menacée par le régime communiste. Il s’inscrit dans la typologie de la victime innocente, du juste souffrant à cause du Mal régnant dans le monde. Son histoire met en question non seulement l’existence d’un Dieu tout-puissant et miséricordieux, mais ouvre un questionnement sur la liberté perçue par l’écrivaine comme « un fardeau bien trop lourd à porter, une responsabilité écrasante, un don funeste qui ne cause que des tourments. » (VRT, 21).

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