AGAPES FRANCOPHONES 2021
Agapes Francophones 2021 116 archangélique, celui d’un grand messager céleste dont l’attribut et une trompette, et qui veille sur tous les messagers, dont, par excellence, les écrivains et les poètes. (VRT, 115). Discutant autour du pari pascalien – récurrent chez Sylvie Germain –, il affirme qu’il ne parie « ni pile, ni face, [il] fait tourner la pièce, qu’elle tourne et tournicote en restant sur la tranche. » (VRT, 61). Quant à Blaise Pascal, le personnage avoue : « Il avait parié Face, misé à fond sur la Face du Dieu Vivant, faut lui souhaiter d’avoir bien joue, avait dit Gavril un jour ou il lui avait parlé de Pascal et résumé l’enjeu de son fameux pari. » (VRT, 60). La même idée surgit dans le roman Immensités à la manière d’une reformulation du pari pascalien : « Il acceptait l’idée, le risque que Dieu ne soit qu’une illusion, parmi d’autres, un des plus fous mirages parmi la multiplicité des rêves, de désirs qui ourlent le monde et lui donnent mouvement, ampleur et souffle. Cette illusion ne lui apparaissait pas moins comme la plus éblouissante de toutes » (Germain 1993, 225). Prokop Poupa, un Tchèque exilé non seulement dans son pays, mais aussi dans sa vie, banni par les communistes, réduit à un balayeur des rues de Prague, traverse une quête spirituelle troublante, arrivant à la fin du roman aux « immensités » que le titre annonce. Il erre en solitaire dans le néant du silence de Dieu, jusqu’à trouver une porte vers l’infini. Les idées de Gavril traduisent aussi cette « essence questionnante de l’homme » que l’écrivaine appelle « quoibillité. » (Germain 2000, 15). Elle distingue comme question capitale celle de l’existence de Dieu, puisque « l’excès du mal en ce monde met radicalement Dieu en cause. » (Germain 2000, 22). Pourtant, même si « le mal est sempiternellement en rut », nourri continuellement par « la faune humaine », Sylvie Germain rejette aussi l’athéisme, se demandant « Comment pourrions- nous renoncer à ce qu’il y a d’absolu sous nos pas, à ce désir ardent en sourde pulsation au fond de notre cœur, à ce vent qui mugit sous nos pieds ?» (Germain 2000, 29). Elle fait partie de ceux qui « entrent en lutte avec le mystère de Dieu […] se collettent avec son insupportable silence et se roulent avec Lui dans la poussière, dans les pierres et les ronces. » (Germain 2000, 18), mais, qui, à l’instar de Job, ne nient jamais son existence. 12 Le pari de Pascal 13 (135-136) parsème le texte germanien. En dépit de la nuit qui enveloppe les personnages de son œuvre, elle y garde 12 « Brisée est en effet la théologie qui reconnait au mal une réalité inconciliable avec la bonté de Dieu et avec la bonté de la création. » dit également Paul Ricœur (51). 13 Examinons donc ce point et disons : Dieu est ou il n’est pas. Mais de quel côté pencherons-nous ? La raison n’y peut rien determiner[...] mais il faut parier.[...] Pesons le gain et la perte en prenant croix que Dieu est. Estimons ces deux cas : si vous gagnez, vous gagnez tout, et si vous perdez, vous ne perdez rien.
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