AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 115 jusqu’en 1944. » (VRT, 102). Gavril Kratz perd toute sa famille en Transnistrie, « grande poubelle à ciel ouvert où l’on entasse Juifs et Roms. » (VRT, 103). Il est alors élevé par son grand-père paternel, Svabe de la région de Banat, Klaus Krantz, mais l’Histoire les frappe de nouveau : Après l’armistice et la fin de l’occupation allemande est venu le tour de l’occupation soviétique. La monarchie est rétablie, mais fonctionne avec un gouvernement communiste. […] Un arrêt d’expulsion à l’encontre des membres des minorités allemandes du pays est prononcé début janvier 1945. […] le nom Bărăgan qu’il mentionne à deux reprises laisse à penser qu’il a été déporté dans cette région. (VRT, 107-108). À la suite de son déménagement à Bucarest, il est suivi par la Sécurité communiste. Sylvie Germain fait preuve d’une bonne connaissance du phénomène des prisons communistes, rappelant aussi Nicolae Steinhardt, un érudit hébreu qui se convertira à l’orthodoxie et recevra le baptême dans la prison. L’écrivaine fait de Steinhardt le codétenu de Gavril. Le roman contient même des passages du livre de Nicolae Steinhardt, par exemple, celui de son baptême fait par le père Mina Dobzeu dans la cellule. Steinhardt fait partie d’un groupe de détenus politiques appelés « les mystiques » car, ils ont réussi à transformer l’expérience de la cellule dans une vraie quête spirituelle, transformant les prisons en monastères. Ils sont considérés des martyrs par l’Église qui associe les tortures subies aux persécutions de premiers chrétiens. Le roman ne décrit ni ne suggère clairement comment Gavril est arrivé à Paris. Le récit est fragmenté, l’histoire se construit des bribes de conversation entre Gavril et l’assistante sociale, pièces que Nathan assemble à la manière d’un puzzle afin de dresser le pedigree de son ami. À cette époque-là, il était presque impossible de quitter la Roumanie surtout pour un ex-détenu politique. Il est probable que le personnage s’est clandestinement échappé du pays natal, renonçant à son statut social et arrivant en Occident en qualité de réfugié. Cette attitude peut être perçue comme un vrai acte de résistance 11 face au régime totalitaire. 4. Exil et foi En dépit de son prénom d’origine biblique, Gavril n’a pas une foi clairement définie : Gavril n’était peut-être pas athée, mais areligieux certainement, il ne se réclamait d’aucune Église, d’aucun dogme, ne les condamnait pas pour autant ; il n’en parlait simplement pas. Mais, il lui plaisait de porter un nom 11 Scutaru, Beatrice, La Roumanie à Paris : exil politique et lutte anti-communiste , 2014. [En ligne]. URL: https://www.cairn.info/revue-histoire-politique-2014-2-page-154.htm (Page consultée le 5 avril 2021).

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