AGAPES FRANCOPHONES 2021
Agapes Francophones 2021 114 attention sur la minorité tsigane a été aussi attirée par les médias français qui présentent leur vie dure en tant qu’immigrés. Elle avoue devoir s’informer avant de se mettre à écrire, recherche qui s’est avérée difficile pour un peuple qui n’a pas une culture écrite. L’image de l’auteur qui fait des recherches pour un futur projet se reflète dans celle de Nathan qui sonde l’histoire de l’Europe de l’Est afin de découvrir les vraies origines de Gavril : « Il découvre des pages de l’histoire du siècle dernier et en particulier d’une population et d’un pays dont il ignorait en fait presque tout. » (VRT, 98). Depuis son premier roman, Sylvie Germain a voué une place importante dans son œuvre à l’Histoire, surtout aux grandes conflagrations et à la Shoah. Il est évident qu’elle associe le destin des Juifs à celui des Roms, les deux populations étant persécutées. Dans Le vent reprend ses tours , l’idée d’une Histoire cyclique, exprimée d’abord dans Le livre des nuits , revient : « Ces histoires sont sans fin, elles se reproduisent siècle après siècle. Histoires de guerres, de déportations, d’emprisonnements, de supplices et de réductions en esclavage, de purifications ethniques, sociales, religieuses, et à la fin, d’exterminations. » (VRT, 89). L’histoire de la Roumanie n’est qu’une autre page de la sanglante Histoire universelle. De même, dans le roman Mourir un peu , l’écrivaine dénonce de nouveau la tyrannie, associant les tyrans aux démons : « Tous les tyrans […], tous les régimes totalitaires agissent, ou tentent d’agir, à l’instar des démons, en violant l’intimité des autres, en les privant de toute autonomie de pensée, en les persécutant de l’intérieur, en les réduisant en esclavage, en les manipulant ainsi que des pantins. » (Germain 2000, 130). Ses mots transmettent son pathos, l’intensité de sa révolte, retrouvés également dans le destin malheureux de son personnage Gavril. L’écrivaine oppose la tyrannie à la caresse, métaphore avancée par Emmanuel Levinas qui « refuse toute volonté de mainmise, de pression, d’étreinte, qui peut être un écrasement et surtout une possession ». (Germain 2002, 22). Selon le philosophe, « la caresse consiste à ne se saisir de rien. […] Non pas que la caresse chercherait à dominer une liberté hostile, à en faire son objet ou à lui arracher un consentement. » (Levinas, 288). Ainsi, la dichotomie caresse ˗ tyrannie souligne le précipice qui les sépare, tout en dénonçant la dernière. Dans le « Carnet de Nathan », sorte de cahier sur la biographie de Gavril, le premier aspect de l’histoire de la Roumanie est la déportation des Roms par le général Antonescu : « Mais la guerre arrive, le général Antonescu prend le pouvoir, se promeut maréchal, et il fait l’Alliance avec l’Allemagne nazie dont il partage les grands élans d’orgueil et les mépris multiples. Les Roms font partie des indésirables à exterminer au même titre que les Juifs […] la déportation des Roms commence en 1942 et se poursuit
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