AGAPES FRANCOPHONES 2021
Agapes Francophones 2021 129 à l’exception de la pièce Les Sept Princesses (1891) que l’auteur considère comme « insignifiante » 5 . Dans ce « tragique quotidien », Maeterlinck tente de révéler ce qu’il appelle « la vie profonde ». D’après le dramaturge, elle est présente partout dans la vie quotidienne. Cependant, la plupart des gens aurait du mal à la percevoir, car leurs yeux ne seraient pas suffisamment ouverts. Pour y parvenir, les personnes ordinaires auraient besoin de vivre un évènement choquant comme la mort : « Si vous saviez que vous mourrez ce soir ou simplement que vous allez vous éloigner pour toujours, verriez- vous une dernière fois les êtres et les choses comme vous les avez vus jusqu’à ce jour ? et n’aimeriez-vous pas comme vous n’avez jamais aimé ? » (TH, 141). Pourtant, même dans de telles circonstances, la « vie profonde » ne serait pas accessible à tous les individus. C’est le cas du personnage de Marthe dans Intérieur , contrairement à sa sœur Marie : « Marthe, Marthe, il y a trop de vie dans ton âme, tu ne peux pas comprendre... » (IN, 125) ; « Le sage », d’autre part, « n’a pas besoin de ces secousses. Il regarde une larme, le geste d’une vierge, [...] Il y peut voir sans cesse ce que vous n’avez entrevu qu’un instant. » (TH, 139). D’après Maeterlinck, la mission des écrivains est de révéler la « vie profonde » au commun des mortels : « On trouve ainsi, dans les poètes, un vers qui çà et là, au milieu des humbles événements de nos jours ordinaires, semble entr’ouvrir soudain quelque chose d’énorme. » (TH, 144). Ainsi, dans le drame Intérieur , le jardin, donc l’intérieur, est la métaphore d’un certain état d’âme dans la vie introspective. Il est à la frontière entre la vie quotidienne, donc l’extérieur, et la « vie profonde », donc l’intime qu’il rend perceptible aux êtres clairvoyants [fig. 5]. 3.2. L’« intime » et le Unheimliche Les protagonistes du drame Intérieur contemplent l’intime en tant que « vie profonde » et s’agitent dans l’intérieur, le jardin. Mais qu’est ce 5 « Une assez insignifiante petite pièce en un acte ». Lettre de Maeterlinck à Vielé-Griffin, le 21 janvier 1891. Cité dans Gorceix 1999, 23. Cette pièce n’apparaît pas dans les trois tomes du recueil Théâtre paru en 1901 et contenant toutes les pièces parues jusqu’à cette date (Maeterlinck 1901). Gorceix attire l’attention sur le fait que « cette pièce n’a jamais été rééditée, même après la mort de l’auteur ». (Gorceix 1999, 73 note 60) À l’égard de la désignation des protagonistes, le prince et les princesses sont certes appelés par leurs noms propres, mais ceux-ci ne sont indiqués ni dans la présentation des personnages ni dans les rubriques qui identifient l’énonciateur lors de chaque réplique. Fig. 5
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