AGAPES FRANCOPHONES 2021
Agapes Francophones 2021 189 que de se sentir en harmonie auprès des siens, l’immigré devient un étranger pour les siens en ce sens qu’il ne veut pas être autre. Son refus ou son incapacité de devenir différent, c’est-à-dire de porter les vêtements de l’altérité, en font un paria. Le retour en France devient un impératif. Si au pays natal, l’altérité est perçue comme une qualité pour l’immigré, il n’en est pas de même quand celui-ci est dans le pays d’accueil. Au contraire de l’étudiant noir, les difficultés de l’immigré tel que le décrit Biyaoula vont au-delà de celles du simple étranger dans un pays étranger. Elles englobent la réflexion sur l’être du Noir africain et sa place dans une société qui a construit autour de sa personne un discours réducteur et déshumanisant. Aussi, le regard que pose l’Homme français sur lui n’est guère différent de celui que subissait Kocoumbo, l’étudiant noir. Dans l’univers du roman, le protagoniste reçoit les commentaires qui mettent en avant les tares à l’aide desquelles sont jugés ses semblables africains. Les stéréotypes qui décrivent une Afrique aux conditions de vie apocalyptiques sont très souvent utilisés par ses interlocuteurs français. Dans le cas du père de sa fiancée Sabine, dont il finit par se séparer, l’africanité de Gakatuka est synonyme de barbarie et de primitivisme. L’immigré, quoique n’étant plus une curiosité, demeure un sous-homme aux yeux des Français. Il est plaint et pris en pitié. Dans une tentative de se faire une place qui conviendrait à l’ancien maitre colonial, il utilise un ensemble de tactiques et pratiques qui, finalement, en font un être sans identité propre. Dans son étude sur le roman congolais, Lydie Moudileno utilise le terme de parade pour décrire les comportements des personnages qui en font usage soit pour se rapprocher du Blanc, le groupe de référence, soit pour se distancer de leurs compatriotes qui, selon eux, véhiculent une vision honteuse de l’être africain. Chez Biyaoula, deux perspectives sont incarnées par le personnage principal dont l’évolution est notable, tant physiquement que psychologiquement. Avant son retour au pays et au début de son séjour chez lui, Gakatuka prend en horreur les Africains qui incarnent la figure du sapeur , ce dandy africain comme l’appelle Moudileno (148). D’après lui, ces derniers véhiculent une fausse image de l’Africain. Cette réflexion sur ses semblables va changer avec la perte de son emploi. Peu à peu, le personnage semble découvrir les réalités du racisme qui l’environne et éprouve de la sympathie pour ses congénères. Les femmes noires, qu’il jugeait très sévèrement du fait de leur superficialité, présentent désormais un visage autre. Le questionnement identitaire qu’il entreprend et qui le laisse sans réponses le conduit à la folie. C’est à la sortie de l’asile psychiatrique qu’il épouse corps et âme la figure du Parisien qui lui répugnait tant. Le paraitre devient désormais son maitre-mot, sa philosophie. La superficialité devient son refuge et son
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