AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 188 comme dans Bleu blanc rouge de son compatriote Alain Mabanckou, les immigrés établissent une hiérarchie suivant des codes bien précis. Le respect ou non de ces codes fait de Gakatuka, à des moments bien précis de son parcours soit un paysan soit un Parisien ( I , 39). C’est Mabanckou qui donne une belle description du profil du paysan (88). Celui-ci n’habite pas Paris. Il véhicule une image misérabiliste de la France et fait savoir à ses compatriotes que la vie y est difficile. Il ne porte pas des vêtements de marque et ne s’éclaircit pas la peau. Lors de son voyage au pays, Gakatuka représente en tous points la figure du paysan . Tout d’abord, il ne réside pas à Paris, mais plutôt à Poury, une ville de province. Par conséquent, il est dépourvu de bonnes manières, d’élégance et de raffinements. L’altérité de Gakatuka en tant que paysan est donc établie par les siens parce qu’il ne revêt pas selon eux les caractéristiques d’un vrai immigré qui est avant tout un Parisien . Tout habitant de Paris n’est pas nécessairement un « Parisien » selon la conception que lui donnent les personnages de L’Impasse . Le Parisien doit s’exprimer d’une certaine façon, tel un dandy. Sa tenue doit être soignée. En plus, éclaircir sa peau fait partie des préalables pour intégrer ce groupe. L’immigré doit s’identifier tour à tour au Blanc, mais aussi au Parisien qui symbolise la réussite même du projet migratoire. Le protagoniste de Biyaoula ne dispose d’aucun de ces atouts à l’incipit de l’œuvre. L’accueil qu’il reçoit à son retour au pays lui rappelle que ces qualités lui font défaut. Hué puis insulté par les badauds du fait de son accoutrement, sa famille est bien triste de le revoir après tant d’années d’absence. D’après le protagoniste, le malaise s’invite lors des retrouvailles pour les raisons suivantes : « on attendait quelque chose de moi, que je ne l’ai pas apporté de France, que je ne donne pas vie à un idéal, que je brise des rêves, que je matérialise ce qu’on doit chercher à fuir » ( I , 30). Pour pallier à ces qualités qui lui font défaut et constituent un déshonneur pour la famille, son frère ainé Samuel l’emmène dans une boutique de vêtements sur le chemin de retour pour lui acheter un costume. Vêtu du costume nouvellement acquis, il redonne le sourire aux membres de la famille. Si, au contraire des Parisiens comme Karl de Muelle et Laustel qui excellent dans le jeu du rôle qu’ils incarnent aux yeux des compatriotes restés au pays, le personnage principal du roman ne comble pas du tout les attentes, dans les interactions avec les amis, il s’illustre avec une sincérité sur les conditions de vie en France. Ce qui le marginalise davantage. Parce qu’il est supposé entretenir le rêve, son habillement, ses fréquentations, son mode de vie annihilent l’image paradisiaque de Paris. C’est ainsi que naissent les incompréhensions et les disputes avec son frère ainé et d’autres membres de la famille avec qui il se brouille. Plutôt

RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=