AGAPES FRANCOPHONES 2021
Agapes Francophones 2021 187 d’appréhension. Qu’ils soient heureux ou non, l’issue des retours pose elle aussi en amont la question de ses motivations. L’étudiant noir rentre dans son pays après ses études pour jouer un rôle dans la mise en place des grandes avancées promises et apprises à l’école coloniale. C’est une période charnière qui se situe entre la fin de l’époque coloniale et le début des indépendances. Les nations africaines ont besoin de cadres nationaux pour remplacer les places laissées vacantes par les anciens colonisateurs. Ce n’est pas le lieu de questionner le processus de décolonisation défini par Fanon dans Les damnés de la terre (2000, 39) comme simple remplacement d’une race d’hommes par une autre. L’existence de la colonisation et ses avatars ont favorisé l’émergence et la consolidation de la figure de l’immigré. Ainsi, l’étudiant qui rentre n’a pas de peine à trouver un emploi ou un cadre pour faire valoir son expertise. Les emplois l’attendent. C’est pour occuper ceux-ci qu’il est parti en occident. Le retour est donc l’aboutissement d’une longue absence qui n’aura été qu’une parenthèse d’apprentissage. Toutefois, l’immigré, même s’il désire retourner au pays après avoir fait d’excellentes études en France, appréhende le retour comme le commencement d’une période difficile en ce sens qu’il va devoir faire face à la bourgeoisie nationale qui contrôle les ressources du pays sans partage. D’autre part, le retour est parfois le temps d’une visite faite à ses proches restés au pays. Ce retour prend toute sa signification quand l’on interroge les motivations profondes de celui qui le fait et l’impact qu’il a sur les proches restés au pays. C’est le cas pour Gakatuka et les personnages de L’Impasse . En effet, Gakatuka rentre au pays après de longues années passées en France. Seulement, ce voyage devient vite un calvaire comme il l’avait appréhendé. Beaucoup de choses ont changé lors de son absence. Et le personnage va être confronté à d’énormes difficultés du fait de ce qu’Ambroise Kom (2002) décrit comme la non prise en compte de la psychologie des acteurs en présence sur le terrain. Tandis que Gakatuka perçoit le changement intervenu chez ses compatriotes congolais, il réalise qu’il est devenu étranger auprès des siens, une altérité. L’altérité de Gakatuka est d’abord construite par le regard de son semblable noir et africain. Son surnom, Kala, signifie charbon ( I , 18) en référence à son teint noir bien foncé. Ce trait de sa personne est à l’origine de beaucoup de frustrations. Car, comme l’avait fait sa maman lors de son enfance, le teint de Gakatuka l’établit aux yeux de ses compatriotes comme un Africain rustre. Il est perçu comme une honte pour la race qu’il représente en ce sens qu’il garde intacte le signe de son altérité physique. Différent aux yeux des Français du fait de son appartenance à la race noire, l’immigré est établi comme une altérité au sein même de son propre groupe d’appartenance. Dans l’univers du roman de Biyaoula, tout
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