AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 186 contraire des compartiments occupés par les Blancs. Le passage de l’espace africain à l’espace français influence les mécanismes de pensées des personnages qui sont confrontées aux réalités nouvelles. Le plus souvent, cette influence aboutit à une crise identitaire du personnage qui devient aliéné. Le personnage de Durandeau est à cet égard intéressant à étudier. Nanti de son diplôme de l’école primaire supérieure, il manie assez aisément le français et peut de ce fait se targuer de discuter avec les Français qu’il rencontre. Dépourvu d’humilité et enclin à se départir de tout ce qui le rapproche de son identité africaine, Durandeau symbolise la crise née de l’existence des deux systèmes de référence dont parle Fanon dans Peau noire, masques blancs (2015, 108). Chez Durandeau, l’Africain est sauvage et le Français, un modèle à copier. Kocoumbo, dont il s’autoproclame le mentor intellectuel, incarne à ses yeux la figure du nègre sauvage qui manque de manières et de savoir vivre. Il ne manque pas de le dénigrer en vantant la civilisation et le raffinement occidental. Durandeau préfigure le personnage de l’immigré paré du costume du sapeur/parisien que nous décrit L’Impasse de Biyaoula. L’immigré africain ou un aliéné dans la cité Dans « Un attiéké pour Aké Loba », un hommage posthume au romancier ivoirien, Nicolas Treiber (2012) affirme qu’ en relisant Kocoumbo, l’étudiant noir aujourd’hui, on serait tenté de chercher sa silhouette dans les rues de Paris. Sur les bancs de la fac, dans les queues pour le renouvellement des titres de séjour devant les préfectures, dans les bilans abjects des meubles en flammes. La galère du migrant, sa lutte face à la spirale de la désocialisation, de la perte d’espoir ont une histoire. Kocoumbo, l’étudiant noir en transmet la mémoire. De ce portrait de Kocoumbo, on peut noter que la différence entre les figures de l’immigré et de l’étudiant noir va au-delà des modalités du départ vers la métropole. L’Impasse 2 de Biyaoula inscrit la question du retour au pays natal comme élément fondamental dans la saisie de la constitution et de l’établissement de l’altérité de l’immigré. Autrement, le départ implique obligatoirement le retour. Le départ de l’immigré est avant tout une initiative personnelle qui est motivée par la recherche d’une vie meilleure. Qu’il soit parti en France pour étudier ou pour y trouver un emploi inexistant dans son pays d’origine, que ce soit légalement ou par les voies de l’immigration clandestine, l’immigré envisage le retour avec beaucoup 2 Dorénavant désigné à l’aide du sigle I , suivi du numéro de la page.

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