AGAPES FRANCOPHONES 2021
Agapes Francophones 2021 185 représente la race supérieure avec tout le raffinement qui va avec, Kocoumbo et les siens sont les damnés de la terre à qui il faut apprendre à vivre, à manger et surtout comment se départir des attitudes sauvages, comme le lui rappelle à chaque fois son compatriote Durandeau. La délicatesse et les faveurs qui accompagnent l’interaction des Français bien intentionnés avec Kocoumbo confirment aussi son altérité et l’établissent en tant que sujet en détresse qu’il faut sauver. Au lycée où il est de loin le plus âgé et le moins nanti sur le plan de l’instruction, la décision du directeur de le dispenser des cours d’exercice physique, de même que l’aménagement d’une chambre pour lui en dehors du dortoir réservé aux internes sont sujets à questionnement. Si par cet acte le directeur préserve l’étudiant noir de l’embarras auprès de ses camarades de classe, il confirme le fait même que Kocoumbo n’est pas à sa place dans cet univers. L’acte de bienveillance exclut Kocoumbo de la sphère des êtres communs pour le placer à la marge, à laquelle il appartient. C’est dans cet univers d’exclusion qu’il va rester jusqu’à l’arrivée d’un nouveau surveillant général qui décide de le ramener au sein de la communauté des étudiants dont il fait partie. Du coup, l’altercation qui survient entre lui et ce surveillant qui provoque son départ du lycée devient un acte salvateur pour le jeune africain et une invitation à prendre en main son destin. Le départ de Kocoumbo vers la métropole parisienne pour retrouver ses camarades de voyage offre au lecteur l’occasion de mesurer les effets de l’espace sur l’être du noir et les modalités de son occupation par celui-ci au sein de la société française. En tant qu’élément important à la fois dans la construction du profil identitaire des personnages et de celle de son altérité (Paterson, 109), l’espace prend vite les traits d’un actant, c’est-à-dire « un rôle nécessaire à l’existence du récit » (Jouve, 52). En fait, celui-ci joue un rôle important dans les récits sur l’immigration. Il dicte une certaine posture au personnage au sein de l’univers de la fiction. Kocoumbo et ses camarades africains vivent dans ce que le narrateur appelle « les foyers ». Dans ces bâtiments, la précarité de ces étudiants fait d’eux de vrais marginaux. Pour échapper à ce statut ou dans un souci de l’améliorer, les Africains désertent les campus de leurs établissements respectifs pour chercher par des moyens peu orthodoxes de quoi vivre. Ils deviennent des ombres qui parcourent les rues, les cafés et les bars de la métropole parisienne. Cette posture de marginal rappelle la colonie où l’espace urbain est divisé en ville européenne et quartiers indigènes. Elle rappelle aussi que l’étudiant africain, colonisé donc sujet de l’empire colonial français, ne peut prétendre être l’artisan de sa propre histoire. La prise de conscience de la gestion discriminatoire de l’espace de vie est faite par Kocoumbo et ses camarades dans le bateau qui les amène en métropole. La cale du navire qu’ils occupent est couverte de crasse au
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