AGAPES FRANCOPHONES 2021
Agapes Francophones 2021 253 fait accepter mon bilinguisme culturel avec sérénité » (Clerc 2006, §5). Une sérénité qui rejaillit sur son écriture avec l’empreinte du film qui l’a générée. C’est en effet, « une nouvelle forme d’écriture que découvre Assia Djebar devenue cinéaste et qu’elle appelle "l’image-son". Ce qui compte, c’est moins ce qui est vu que le départ donné à une parole : "peupler l’écran d’un regard flou, dit-elle, mais porté par une voix pleine". » (Clerc 2006, §6). Autant de frontières ignorées entre les espaces et entre les discours qui les donnent à lire relèvent nécessairement d’une stratégie d’écriture que Djebar veut expression de son identité, une identité plurielle qui ne peut trouver refuge que dans un territoire pluriel. Transfrontalité et identité rhizomatique L’ excursus utopique que détermine la poétique de la transfrontalité chez Djebar est fait de son identité que nous désignerons comme rhizomatique. Cette appellation Westphal l’emploie pour nommer « la complexité de toute identité qui n’est jamais stable et uniformément dirigée de sorte qu’elle se fige en un monolithe ou évolue dans la linéarité » (170) . Il s’agit donc d’une identité marquée par l’hétérogénéité des éléments qui la composent. Elle « est semblable , rajoute le théoricien, à un nœud de racines, à la fois orientées aléatoirement dans toutes les directions et permettant des entrelacements et des bifurcations multiples » (170). N’est-ce pas le cas de Djebar qui se réclame être héritière, tant de ses origines arabo-berbères que de son éducation occidentale ? Deux héritages qui sont censés s’exclure, se contredire par leur nature mais que Djebar réconcilie à travers son écriture dans la langue dite étrangère et dans une spatialité soumise à un processus de transformation incessante ouvrant la voie ainsi à tous les possibles et rompant par là même avec le réel. Elle déclare dans Ces voix qui m’assiègent : « écrire, dès lors, serait prendre conscience de se situer dans le chevauchement constant d’une frontière dangereuse, fluctuante, incertaine : une inscription de l’affranchissement… en dépit de soi et qu’il faut tout de même dépasser. » (1999, 149). Écrire lui permet ainsi de créer cette zone affranchie de la contrainte du réel, nulle part dans la spatialité référentielle. Ce non-lieu où s’enracine son identité rhizomique avec toutes ses ramifications et ses influences esthétiques. Une terre indénommée, indéfinie formée en « unité homogène » par un remarquable enchevêtrement spatial, linguistique, culturel et religieux.
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