AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 291 enquêtés, dans leur grande majorité, ne comprennent pas. Nous avons noté une légère supériorité dans la compréhension du parler des Aurès, région plus éloignée que Tizi Ouzou et Bejaia, et cela est certainement dû au fait que le chaoui soit de la même branche « Zénète » à laquelle appartient le parler de Menasser. Les parlers de ces régions sont perçus comme étant différents du kabyle de Menasser et les locuteurs semblent vouloir s’en distancier. Cette distanciation se reflète dans les désignations attribuées à leur langue. « Haqbaylith » ou « elqabayiliya » (le kabyle) est le nom le plus utilisé par notre public et une partie des informateurs enquêtés prennent le soin de préciser qu’il s’agit du Kabyle de Menasser pour le démarquer du kabyle de Tizi Ouzou et de Bejaia. La deuxième désignation la plus utilisée a été « Chelhiya » / « tachelhith », fait étonnant vu que cette dernière est considérée comme faisant partie du groupe des Masmoudas et non pas des Zénètes. Nous ne comprenons pas l’origine de cette confusion qui pourrait être un objet à explorer dans d’autres recherches. Notre public prend du recul par rapport à l’appellation « Chenouia » qui est considérée par Chaker, par exemple, comme englobant les parlers des Béni Menasser. Très peu de locuteurs ont utilisé ce nom pour désigner le parler de Menasser même s’ils considèrent que les deux parlers font partie de la même langue. La dénomination de la langue se veut une façon de se distinguer des autres parlers amazighs, y compris les plus proches, et de souligner les liens avec les ancêtres et la langue d’origine (Zénète). Conclusion Il est très difficile de conclure un travail qui est en phase exploratoire, mais nous pensons avoir obtenu quelques résultats assez intéressants sur les perceptions du groupe de Menasseriens interrogés. Le premier résultat plus ou moins inquiétant qui a été confirmé dans ce travail est le fait que le parler berbère de cette région perd un peu de son territoire. C’est un parler qui a déjà été « refoulé » à cause de la réduction du territoire où habitaient ses locuteurs pour les raisons historiques que nous avions évoquées plus haut et là, il est possible de voir que d’autres frontières semblent se dresser dans les pratiques des locuteurs. Des limites (frontières) existent dans les perceptions des locuteurs qui, même s’ils croient que la langue qu’ils parlent ne diffère pas beaucoup de celle parlée dans les régions proches géographiquement, s’interdisent généralement l’emploi de ce parler avec leurs voisins. Des frontières générationnelles émergent aussi et font que la langue pourrait se perdre chez la jeune génération et la menace d’une frontière représentée par

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