AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 290 commune ont adopté un mode de vie plus ou moins urbain 6 qui diffère de celui des zones rurales dont les habitants sont essentiellement des agriculteurs qui se répartissent sur des espaces larges et forment une faible densité démographique. La première langue apprise par les habitants du chef lieu de la commune est Darija et la communication en berbère est assez modeste notamment en dehors du cercle familial et avec les enfants, ce qui pourrait compromettre la perpétuation de ce parler. Une frontière zone rurale / chef- lieu est peut-être en train de se former. Les choix de nos locuteurs concernant les situations où ils utilisent le berbère semblent dessiner des frontières entre l’intérieur et l’extérieur de la commune et l’intérieur et l’extérieur du cercle familial. Pour la limite « intérieur/extérieur » de la commune, les perceptions des enquêtés n’influencent pas leurs pratiques dans le sens que nous avions attendu. La majorité des personnes interrogées disent que leur parler est le même que celui des régions berbérophones limitrophes mais paradoxalement, très peu d’entre elles communiquent en berbère avec les locuteurs de ces régions. Les enquêtés perçoivent leur langue comme occupant le territoire des régions berbérophones proches géographiquement : le continuum perçu pouvant correspondre au territoire qui, historiquement, correspondait à la tribu des Béni Menasser, notamment côté ouest. Ce continuum ne se traduit pourtant pas dans les pratiques langagières de ces locuteurs qui donnent l’impression de créer une frontière « symbolique » ou « psychologique » entre leur parler et celui des régions voisines en s’interdisant d’utiliser leur langue en dehors de leur commune. Quant à la dichotomie intérieur / extérieur du cercle familial, les pratiques montrent une légère supériorité de l’emploi du berbère en famille. La différence n’est pas assez signifiante pour avancer que le parler berbère est plus utilisé dans l’intimité du cercle familial, mais cela pourrait être un indicateur quand au confinement possible de cette langue dans des espaces réduits. D’autant plus que les enquêtés citent très peu de situations en dehors des utilisations avec des membres de la famille (généralement avec des personnes d’un certain âge). Une autre frontière est donc dessinée par ces pratiques, cette fois-ci, générationnelle. Notre public perçoit également une différence entre son parler et celui des régions éloignées géographiquement (Tizi Ouzou, Bejaia) et d’une manière plus marquée celui des Touareg ou des Mozabites que nos 6 Nous prenons cette qualification d’urbain dans le même sens que celui donné par Simard : « L’urbain est l’adjectif qui qualifie ce qui est de la ville alors que l’expression rurale réfère à ce qui appartient à la campagne, territoire essentiellement marqué par l’activité agricole et la très basse densité qui en découle. » (116).

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