AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 317 intellectuelle : il suppose en effet que l’on renonce à son propre jugement pour subordonner son opinion à celle d’autrui. » Cette démission serait double, à notre avis : elle concerne, sans doute, l’interlocuteur car l’argument d’autorité vise à « annuler le discours de l’adversaire, contraint au silence par le poids de l’autorité » (Grize, 45 ; Kerbrat- Orecchioni, 69 cités par Doury, 2006). Mais elle vise également le locuteur qui délègue la responsabilité pour la vérité des dires avancés sur une autorité, en évitant une prise en charge directe, étant en cela exempté de la charge de la preuve (Walton, 133-134 ; 143) et exerçant la contrainte susmentionnée sur l’interlocuteur. En fait, le locuteur minimise sa voix pour faire entendre une autre plus autoritaire et cela à des gains importants, à savoir remporter l’adhésion de l’interlocuteur. Pourtant, cette auto-minimisation en faveur d’une voix plus notoire ne s’accompagne pas d’une non-prise en charge des dires représentés, mais tout au contraire : en disant Ce n’est pas moi qui le dis, c’est X il feint de dire j’affirme ça / je crois que p est vrai et ce n’est pas que moi qui l’affirme / y crois, mais aussi X (qui a dit /affirmé … que …) . Je l’ai dit plus tôt, il y a deux diffuseurs distincts : Radio-Canada, côté français, et CBC, côté anglais. Ils ont des problèmes différents, et il faut trouver des solutions différentes. C’est une erreur de mixer cela, d’essayer de faire quelque chose qui crée une seule entité et d’essayer de colmater des lacunes et de trouver des solutions. Cela ne fonctionne pas et c’est l’un des problèmes actuellement. Comme je le disais, la CBC reste hélas une télévision en crise permanente — ce n’est pas moi qui le dis ; c’est dans un des nombreux rapports du Comité permanent du patrimoine canadien —, alors que:90 pour cent de toutes les dramatiques regardées par les Canadiens à la télévision anglaise sont étrangères et pour la plupart, américaines. 14 La crise de la télévision que le locuteur mentionne dans l’exemple précédant et qu’il emprunte à un rapport officiel canadien sera expliquée par une citation équivalente au sens de l’énoncé d’origine, à savoir la prédominance des dramatiques étrangères en défaveur de celles qui sont canadiennes. Le locuteur affiche ouvertement sa prise en charge énonciative concernant l’acte de dire premier ( la CBC reste hélas une télévision en crise permanente ), mais il a recours à l’invocation de la source d’autorité afin d’accroître le degré d’adhésion de l’interlocuteur à cette assertion. C’est en cela que nous disions au début qu’il s’agit d’une autocensure feinte à allure de prétérition, car, tout en disant ce qu’il ne fait pas, c’est- à-dire assumer un dire, il le fait implicitement par le fait même de sélecter et introduire dans son discours l’acte de dire respectif, qu’il assimile 14 https://www.noscommunes.ca/DocumentViewer/fr/40-2/chambre/seance-37/debats

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