AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 349 public grâce à une écriture qui met en scène des intrigues complexes et captivantes pour le lecteur du présent, Viel dénonce avec une force impitoyable la misère de la société actuelle. La fille qu’on appelle s’encadre, d’une manière téléologique, dans ce qu’on considère comme une fresque de la société, puisque l’œil critique de l’écrivain y fonctionne comme une caméra qui capture des scènes de vie, des fragments de vie, des attitudes et des mœurs de la société contemporaine. Divisé en deux parties, le roman suit le destin des deux personnages, construits parallèlement, Laura et Max le Core, fille et père, prisonniers de leur condition humble, victimes de l’inégalité sociale. Bien que la première partie offre une image voilée de la vie de famille et cache au lecteur la véritable intrigue du roman, Viel prouve sa maîtrise d’artisan du verbe et articule un réseau narratif complexe où les drames individuels se tissent aux rapports de pouvoir. Chez l’auteur de La fille qu’on appelle, la construction de l’univers diégétique n’implique pas une linéarité chronologique, mais une alternance entre deux plans : le plan du présent et le plan du passé qui s’imbriquent pour dynamiser l’action romanesque. Maîtrisant l’art de l’écriture, Tanguy Viel choisit une histoire cadrée pour son récit qui présente une expérience tragique vécue par Laura, racontée par elle-même au commissariat de police lors de la déposition d’une plainte. Conscient des artifices dont il doit se servir pour enraciner un pacte de lecture fécond, l’écrivain suscite l’intérêt de son lecteur dès l’incipit, où le personnage féminin raconte avec minutie un rendez-vous avec le maire de la ville. Une avalanche de détails introduit progressivement le lecteur dans l’univers intérieur de Laura qui, dans un essai désespéré de se faire justice, va déployer tout l’arsenal de précisions dont elle dispose. Pourquoi Laura se trouve-t-elle au commissariat de police ? Pourquoi donner tant de précisions sur sa vie intime ? Quelle pourrait être la connexion entre son histoire et le maire de la ville ? Toutes ces questions ne quittent pas l’esprit du lecteur qui, spectateur au début, se sent devenir lui-même un policier qui va questionner Laura pour tempérer sa curiosité. La première partie du roman est construite sur la technique du climax par l’accumulation des détails censés augmenter la tension dramatique jusqu’au point d’une explosion. La temporisation crée un effet de suspense, une sorte d’attente insupportable que seulement le déchiffrage de l’histoire va apaiser. La deuxième partie est en équilibre avec la première et contribue ainsi à l’harmonisation du roman en termes de techniques employés. Tandis que dans la partie introductive le climax est atteint par le dévoilement du secret de Laura (à son père et au lecteur à la fois), dans la seconde partie on assiste à la révélation de ce secret.

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