AGAPES FRANCOPHONES 2021
Agapes Francophones 2021 350 Utilisant la même technique de la temporisation, Tanguy Viel accumule des détails qui, superposés l’un à l’autre, vont éclaircir finalement la raison de cette plainte mystérieuse et l’évolution / l’involution des relations qui se tissent entre les personnages. La restitution des événements passés se fait grâce à deux narrateurs qui interfèrent. D’un côté, il y a un narrateur omniscient qui relate à la troisième personne du singulier (donc il obtient l’objectivité pour assurer la véridicité du roman). De l’autre côté, il y a un narrateur- personnage, incarné par Laura, qui présente son expérience de vie, à la première personne du singulier et, de ce fait, est moins crédible que le premier narrateur qui n’est que la projection textuelle de Tanguy Viel. Le seul à connaître la tournure événementielle, l’auteur ne donne pas le même droit à ses narrateurs. La voix de Viel résonne chaque fois que le narrateur qui l’incarne prend la parole, donne ou bien coupe la parole aux personnages pour redresser la narration sur une voie connue seulement par lui. Il intervient dans le récit de Laura, il s’y glisse pour faire des commentaires, pour changer de registre, pour braquer l’objectif de la camera sur tel ou tel personnage / comportement / événement. Présence fantomatique qui se cache derrière les personnages, cette instance narrative suprême prend les rênes et fait preuve d’un contrôle absolu sur les personnages et sur leur comportement. Au-delà du sujet romanesque, actuel et touchant, le point fort situé en haut de la pyramide est la dimension méta-textuelle du roman qui encourage le lecteur à l’évaluer d’un œil critique. Dans la même perspective, on ne peut pas faire abstraction d’une critique sociale que l’auteur réalise par le biais de son récit. L’étiquette de ‘critique sociale’, aussi dure qu’elle puisse paraître, se justifie par la présentation d’une communauté (une petite ville sans nom suggère, selon nous, l’expansion et l’applicabilité de ces mœurs à toute autre localité) régie par les luttes de pouvoir. Sous cet angle, Viel construit son roman comme chronique du quotidien, de la société actuelle, réglementée par le rapport puissant- faible. L’abus de pouvoir, le trafic d’influence, la déchéance morale des riches, la lutte contre la corruption et contre l’injustice sont autant d’exemples qui confèrent transparence au récit et permettent la catégorisation du roman sous le libellé de critique sociale. De plus, dans la même liste des points forts, mentionnons une floraison de tropes employés, au rang desquels la métaphore occupe une position privilégiée. Sur cette figure de style se greffe une riche imagerie facilitée par les métaphores filées qui contribuent également à l’effet de suspense. Ces quelques remarques faites à partir de ce roman ne sont ni exhaustives ni exclusives et le sujet reste ouvert pour toute discussion /
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