AGAPES FRANCOPHONES 2021

Agapes Francophones 2021 36 hypothétique. Les calculs mathématiques en démontrent l’existence, mais nos moyens techniques sont encore trop faibles pour l’identifier dans le ciel ! Or, les Dogons, dans leurs mythes et fables, ont donné du système de Sirius des explications si détaillées et précises qu’un soupçon s’éveilla instamment dans le monde occidental, où nombreux étaient ceux qui croyaient que ces connaissances avaient été « empruntées » et adaptées durant la colonisation. Mais cette méfiance est vite balayée quand on se penche sur l’architecture cohérente de ce système, sur les relations d’analogie qui s’établissent entre les divers éléments significatifs et qui se traduisent dans les pratiques rituelles des Dogons (masques, danses, langue sacrée, jeux de mots par homophonie, personnages mythiques, calendriers, signes, dessins, vêtements, objets de culte, accessoires, etc.), pour former un tout unitaire et une conception spectaculaire du monde. Toute l’organisation sociale de la tribu, et en particulier le rite majeur qui porte le nom de Sirius, Sigi , en est imprégnée. C’est un rituel extrêmement complexe, au fait, une actualisation périodique du mythe de l’éternel retour, qui se déroule tous les 60 ans environ et s’étale sur 7 ans. Durant ce rituel, les Dogons rejouent symboliquement tous les événements qui ont précédé et gouverné la manifestation du monde tel qu’il nous est connu actuellement. Les Dogons anciens observaient attentivement l’Étoile du Chien – une autre appellation de Sirius –, en suivaient chaque mouvement et éclairage ; on le sait par les données qui ont été recueillies concernant la position du guetteur, celle des trous de visée dans le mur, ou encore la dimension du bâton de visée. Grâce à ces informations, les spécialistes ont pu calculer que ce rituel se déroulait déjà il y a plus de 2000 ans av. J. C. Les Dogons offrent une surprenante description dynamique, minutieuse et sophistiquée du système de Sirius ; métabolisant les observations astronomiques, ils les font fondre dans des récits qui les « racontent » suivant deux références principales, à savoir les trajectoires et positions des composantes de ce système, mais aussi, ou surtout des attributs et fonctions de celles-ci dans leurs relations de correspondances analogiques avec les événements déterminants de la vie sur Terre. Dans un livre passionnant, intitulé, Histoire de la modernité 3 , Jacques Attali mentionne l’ainsi nommé « code Bamana » (la population Bamana ou Bambara étant, à côté des Dogons, au Mali, détentrice de connaissances scientifiques inouïes, dissimulées dans des légendes et des rituels), un système de prédiction de l’avenir fondé sur une logique simple, à savoir le code binaire (0 et 1), qui se trouve à la base de 3 Jacques Attali, Histoire de la modernité , Paris, Flammarion, 2013.

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